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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 10:09
Pâques, une leçon d'humanité

Sous la plume de Marion Muller-Colard, les concepts les plus éculés de la théologie retrouvent leur éclat primitif. Après avoir lu "L'Autre Dieu", on finit par se rendre à l’évidence : si les voies du Seigneur demeurent impénétrables, sa voix libératrice, elle, continue à retentir avec une clarté, une transparence qui laisse muet d’admiration.

 

 D’où vous vient votre passion pour le livre de Job ?

C’est un très beau livre littéraire. Il est d’ailleurs étonnant que ce livre n’inspire pas davantage les metteurs en scène, le monde du théâtre. Job parle dans un langage dépouillé de tout artifice de la question du mal, de ses répercussions humaines, sociales. Bien que je me revendique aujourd’hui comme croyante, je fais mienne la grande leçon du livre de Job : il n’existe aucun système explicatif du mal dans lequel on puisse enfermer l’existence humaine.

 
Avant de vous consacrer à l’écriture, vous avez choisi de travailler en aumônerie plutôt qu’en paroisse…

Oui. Je vérifie la pertinence de l’Évangile dans des milieux qui ne sont ni prêts ni prédestinés à l’accueillir. Et puis, de par la maladie de mon fils, j’ai d’abord été « maman-infirmière ».
Quand, après son rétablissement, j’ai remis les pieds à l’hôpital en tant qu’aumônier, j’avais un vécu personnel qui me rendait particulièrement sensible à l’accompagnement en situation de grande vulnérabilité.

  

En quoi votre lecture du livre de Job a-t-elle enrichi votre expérience professionnelle ?

Job est le personnage biblique révélateur du fait que le malheur peut s’abattre sur n’importe qui. Cette « révélation », beaucoup de malades, de grands vieillards, en font l’expérience quand ils se retrouvent comme Job, dépouillés de tout. Comment traiter une foi qui intègre une telle expérience ? Et puis, à l’hôpital se pressent « les amis de Job » qui cherchent à refabriquer le système à mesure qu’il s’effondre. L’aumônier a tout à entendre : celui qui gît, comme Job, dans les ruines de son système de croyances. Ceux qui décident de défendre ce système envers et contre tout.

 
Comment trouvez-vous les mots pour rendre aux grands blessés de la vie le « courage d’être » ?

Le Courage d’être de Paul Tillich fut, avec le livre de Job et les Evangiles, mon livre de chevet. Je cherche des choix théologiques qui me permettent d’entretenir la foi comme un élan, une dynamique. Tout ce qui est bon pour lutter contre le chaos, je le prends. Je ne prétends pas avoir la juste « connaissance » de Dieu. Ma démarche est beaucoup plus pragmatique : tout ce qui aide l’être humain à être au monde, tout ce qui l’aide et l’encourage, je l’adopte. J’ai découvert le ministère d’aumônier auprès d’une amie atteinte d’un cancer. Elle avait rencontré un ecclésiastique qui, pour la consoler, lui avait certifié que par sa mort, elle allait « glorifier Dieu ». C’est terrifiant, ce déni de ce qui déchire l’humain. Si je m’assume aujourd’hui comme croyante, c’est en dépit, c’est contre, c’est malgré ce genre de propos qui ont été prononcés « au nom de Dieu ». Et c’est d’autant plus grave que je crois profondément que l’Évangile, quand on veut bien s’abstenir de le travestir ou de le dénaturer, est une parole incroyablement moderne, vivifiante et pertinente.

 
A propos de Noël, vous disiez que Dieu se plaçait « en situation d’extrême vulnérabilité ». Que dire de Pâques ?

C’est une extraordinaire leçon d’humanité. Sur la croix, Jésus trahi, anéanti, exprime de la peur, de l’effroi, mais il n’exprime aucun regret. Il ne regrette rien. Ni la confiance qu’il a manifestée à ses disciples, ni de s’être si souvent exposé. Nous sommes les disciples d’un Maître qui a décidé d’avoir confiance et qui n’a pas retourné sa veste quand ça a commencé à mal tourner. Ça ne l’a pas rendu amer. Ce n’est pas lui qui avait tort d’avoir confiance. On n’a jamais tort d’avoir confiance. C’est très inspirant, pour moi, ce courage extrême de Jésus, la permanence de sa parole engagée.

                                                                                           Emmanuel Rolland

 

Pâques, une leçon d'humanité

Article tiré de La Vie Protestante, mars 2015 n°3 – p. 10-11

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Published by Aumônerie protestante aux aéroports

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