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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 11:16

    Auteure de

"Je suis encore vivante"

(Paris, Le Cerf, 2013), 

Naomi Baki,

ancienne réfugée sud-soudanaise, 

nous fait partager son expérience

 

 

Arrivée sans papiers en 2011, reconnue réfugiée, puis naturalisée française fin 2015, c’est un parcours peu commun ! Quel rôle a joué votre foi dans tout cela ?

      Sans la foi en Dieu, tout cela n’aurait pas pu se faire. Je serais morte depuis longtemps, et la France ne m’aurait jamais vue. Tout a commencé par la confiance en Dieu, et faire des pas de la foi avec Lui. Dieu a fait pour moi ce qui paraissait impossible.

       Je crois ce verset de Jean 15 : 7 : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé ». La condition, c’est de demeurer en Dieu. Le suivre.

        Avant que je vienne en France, j’ai dit à Dieu : « le pays qui me donnera des papiers, je le prendrai comme mon pays ». Je prends complètement la France comme mon pays. La France est une contrée dont beaucoup de gens rêvent, mais beaucoup n’ont pas cette opportunité de s’y installer. Moi j’ai eu cette opportunité et c’est une grâce dont je suis très reconnaissante. Je vais faire de mon mieux comme tout Français pour ce pays. Je ne peux pas être plus reconnaissante. Nous avons retrouvé une identité légale grâce à la France. Si ma vie est construite aujourd’hui, c’est en France que cela a pu se faire. Avant, je ne pensais plus cela possible.

En tant que Sud-Soudanaise, vous avez dû apprendre le français, et vous continuez à vous perfectionner. Que pensez-vous de cette langue ?

      Le français est une très belle langue. C’est très riche. Il y a des règles, conditions, que nous ne trouvons pas dans d’autres langues. C’est une langue fière, une langue de débat, une langue de perfection. Je suis quelqu’un qui apprend les langues vite.

       Avec le français cela prend du temps, à cause de toutes les procédures de vie. Je dois tout commencer depuis le début, je dois accompagner mon enfant, il y a beaucoup de questions administratives, je dois comprendre, m’adapter. Parfois, cela me paraît écrasant. Mon apprentissage de la langue progresse parfois peu. Je parle avec les gens, j’écoute un peu la radio, mais je ne regarde pas la télévision, j’utilise le dictionnaire souvent quand je lis.

       Depuis que je suis en France, je me suis habituée aux gens de Picardie. Mais une fois, j’ai entendu l’accent venant de Provence, et je me suis demandée, « sont-ils français ? » Après quelques minutes, j’ai réalisé que oui. Je ne savais pas qu’il y avait différents accents.

        Le culte, la lecture de la Bible, m’aident aussi pour le français, mais ce n’est pas du vocabulaire de la vie quotidienne...

Comment voyez-vous aujourd’hui la crise des réfugiés ?

   Jésus et sa famille ont été réfugiés. Ils sont partis se réfugier en Egypte, pour fuir un massacre.

     Je vois que ce n’est pas facile, aujourd’hui, en Europe. Je comprends. On ne sait pas qui est qui. Intégrer tous les arrivants, commencer le travail, les familles, l’aide sociale… Tout cela coûte, et cela pèse sur ceux qui travaillent déjà. L’adaptation culturelle est difficile. Certaines personnes, qui arrivent en Europe, n’ont connu que la violence…. parfois aussi, certains viennent pour de mauvaises raisons. Il y a ce proverbe qui dit, « un oignon pourri peut corrompre tout le sac ». Ce n’est pas facile !

        Mais ce que je sais, c’est que l’Eglise doit aider. L’Eglise n’est pas le gouvernement. Le gouvernement fait sa part, on ne peut pas attendre de lui qu’il fasse comme l’Eglise. L’Eglise doit accueillir et montrer Jésus par ses paroles et ses actes.

       Etre réfugié ce n’est pas un état permanent. Beaucoup de Français ont été réfugiés par le passé. Les protestants le savent.

        Etre réfugié n’est pas une identité, c’est un passage. Avant d’être réfugié nous sommes tous des êtres-humains.

        Notre identité se trouve en Dieu, qui nous a tous faits.

 

                                                                       extraits d'une interview faite par Sébastien Fath,

                                                                           dans Fil-Info Francophonie du 30 mai 2016

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Published by Aumônerie protestante aux aéroports

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