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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 07:14

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Quand on lui adresse la parole, son regard bleu s'illumine et elle répond avec entrain, toute heureuse de faire une nouvelle rencontre. Elle pouffe de rire à toute occasion et s'amuse de toutes sortes de petites choses du quotidien. Ceux qui pensent que la religion rend triste pourraient s'étonner d'un tel enthousiasme devant la vie. Car Agnesita Dobler est religieuse, franciscaine, et passionnée par le ministère qui lui a été confié. Avant d'être aumônier d'aéroport, sœur Agnesita a travaillé pendant dix-huit ans dans le monde de l'industrie, et avait neuf cent personnes sous ses ordres. C'est dire si le monde « normal » lui est familier.

 

J'ai fait sa connaissance au congrès annuel de la IACAC, un organisme œcuménique international qui regroupe des aumôniers d'aéroports venant des quatre coins du monde, et son expérience de l'aumônerie m'a semblé particulièrement intéressante, d'autant plus qu'elle a beaucoup de cordes à son arc : en plus de sa langue maternelle, l'allemand, sœur Agnesita parle couramment le français, l'anglais et un peu de portugais du Brésil.

 

Quel est votre aéroport d'origine, sœur Agnesita ?

 

Stuttgart, en Allemagne. C'est un aéroport de taille moyenne qui voit passer dix millions de passagers par an et emploie environ 7500 personnes. Il se situe à la sixième place dans le classement des aéroports allemands.

 

Depuis combien de temps y exercez-vous un ministère ?

Depuis trois ans. J'y suis à mi-temps. Le reste du temps, je suis aumônier d'un grand Parc d'expositions qui a été construit à côté de l'aéroport, et où un espace de recueillement et d'accueil a été ménagé. Les visiteurs des différents salons et expositions diverses ont ainsi la possibilité d'aller se recueillir dans le silence au milieu de la cohue des grands jours.

 

Le centre spirituel est-il bien situé dans l'aéroport de Stuttgart ?

Oui et non. Non en ce sens qu'il est un peu excentré, oui parce qu'il se trouve à côté des toilettes... ce qui fait que beaucoup de gens passent devant sans pour autant y entrer. Mais au moins ils savent que ce centre existe !

Nous avons tout de même un avantage, c'est que, tout comme les compagnies aériennes, nous disposons d'un stand de l'aumônerie à l'entrée de l'aéroport, où des bénévoles font des permanences à tour de rôle et sont prêts à répondre aux questions éventuelles des passagers ou de toute personne intéressée. Pour moi, notre présence à cet endroit est absolument essentielle même si nous ne rencontrons pas toujours des foules de personnes. Il faut que les gens « normaux » sachent que les chrétiens sont des gens comme eux, accessibles et disponibles aussi. Mon évêque dit toujours que quand les gens ne vont pas à l'église, c'est l'église qui doit faire l'effort d'aller vers les gens, là où ils sont, dans leur lieu de vie, sur leur lieu de travail, sur les lieux de passage... Et l'aéroport est un lieu de passage par excellence.

 

De quel genre de lieu de prière s'agit-il ?

Il s'agit en fait d'une salle commune à toutes les confessions où chrétiens, juifs et musulmans se mêlent indifféremment sans problème de cohabitation.

 

Comment organisez-vous votre ministère, sœur Agnesita ?

Nous sommes deux aumôniers, un protestant et moi qui suis catholique. Nous travaillons main dans la main au quotidien. Nous avons chacun notre bureau, mais notre porte est toujours ouverte et nous nous relayons pour faire l'accueil des gens « ordinaires » qui peuvent avoir l'idée de venir.

 

Avez-vous des moments de recueillement spécifiques ?

Oui, bien sûr. Chaque jour, du lundi au vendredi, nous avons un moment de prière à l'heure de midi. Ce n'est pas très long, dix à quinze minutes... juste le temps de lire un court texte biblique commenté en quelques phrases et suivi d'un moment de recueillement. Ces moments sont ouverts à tous. Le pasteur avec qui je fais équipe et moi animons ces temps de prière à tour de rôle. Si l'un de nous est absent, ou les deux, comme pour ce congrès de la IACAC auquel nous sommes tous deux, un ou une bénévole prend le relais.

 

Avez-vous beaucoup de bénévoles ?

Oui, nous en avons une trentaine, ce qui nous permet d'avoir de quoi faire des roulements, et de pouvoir nous reposer sur eux en cas de nécessité ou d'urgence imprévue.

 

Que faites-vous d’autre du point de vue œcuménique ?

En plus des moments de prière hebdomadaires, nous avons aussi cinq services religieux oecuméniques communs par an. Ils ont lieu à l'heure de midi et durent une quarantaine de minutes.

 

Ces services ont-ils lieu dans la chapelle ?

Non. Ce ne serait pas assez grand. Ils se tiennent en espace public, en pleine aérogare. Nous faisons venir à cette occasion des musiciens qui jouent des morceaux de musique instrumentale. La chorale de l'aéroport participe aussi. Ces services ont lieu avant le début de l'Avent, de Noël, de Pâques, de la Pentecôte et du Culte de Reconnaissance, ce que les anglophones appellent « Thanksgiving ». Par contre, les grandes fêtes religieuses sont célébrées séparément, les protestants avec leur culte spécifique, et nous, les catholiques, avec notre messe, et ce quatre fois par an.

Toutes nos activités sont annoncées à la sono de la plateforme par haut-parleur ainsi que dans le journal de l'aéroport, ce qui n'est pas négligeable.

  

Quelle catégorie de gens attirez-vous dans vos célébrations ?

Pour être honnête, nous n'attirons pas des foules immenses, et pour les moments de prière, nous n'avons que trois au quatre personnes régulières, membres du personnel de l'aéroport, auxquelles viennent s'ajouter des passagers occasionnels. Mais l'important, c'est d'être là, que les gens sachent qu'il y a quelque chose qui se passe, et qu'ils sont les bienvenus s'ils veulent venir ! 

 

Vos activités se limitent-elles à ces moments de prière et de célébration?

Non, bien sûr. Notre ministère est un ministère de contact, et nous essayons d'établir le plus d e contacts possibles !

 

Etes-vous bien acceptés et soutenus par les églises environnantes ?

Oui, vraiment. Les autorités religieuses pensent que notre présence à l'aéroport est capitale en ce lieu clé qu'est l'aéroport, et nous sommes soutenus spirituellement et financièrement par les églises.

 

Avez-vous de bons contacts avec la direction de l'aéroport ? 

Nos contacts avec la direction sont excellents. Nous sommes bien acceptés et respectés de tous. Nous sommes aussi partie prenante d'efforts qui n'ont en principe pas de lien direct avec les questions de foi. C'est ainsi qu'entre autres, les responsables aéroportuaires s'intéressent beaucoup au développement durable. Ils ont conçu tout un parcours de sensibilisation à cette question en neuf étapes. La dernière étape se situe au niveau du centre spirituel, où se dresse un panneau sur lequel ont été reproduits des versets de la Bible ainsi qu'une présentation de l'aumônerie. Et au milieu de ce panneau, il y a un grand miroir dans lequel les gens sont invités à se regarder, et sur lequel sont inscrits ces quelques mots : « Dieu a formé l'être humain à son image. »

 

Propos recueillis par Anniel Hatton, aumônier protestant à Roissy-Charles de Gaulle

 

 

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Published by Aumônerie protestante des aéroports - dans La vie des aumôneries