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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 07:04

Christian-Buschan.jpgQui imaginerait que ce barbu souriant et sociable à la chevelure de neige soit aumônier d'aéroport ? Et pourtant il en est bien ainsi. Christian Buschan vient de Zürich, en suisse alémanique. Polyglotte, il passe sans difficulté de l'anglais au français, ce qui facilite grandement notre entretien. Comme nous nous trouvons dans un congrès œcuménique, par curiosité, je l'interroge sur la dénomination à laquelle il appartient. « Je suis catholique-chrétien », me répond-il.

 

Cette appellation peut sembler curieuse aux personnes non averties. Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Et quelles sont quelques-unes de vos caractéristiques ?

Les catholiques-chrétiens appartiennent à une branche minoritaire du catholicisme dont la théologie varie quelque peu du catholicisme romain qui vous est plus familier en France. Pour nous, entre-autres, le pape est un évêque comme un autre, les prêtres peuvent fonder une famille, et les femmes peuvent exercer la prêtrise au même titre que les hommes.

 

Vous êtes aumônier d'aéroport. Vous avez bien dû suivre une formation pour en arriver là?

J'ai exercé plusieurs autres activités professionnelles avant de me retrouver au quotidien sur une plateforme aéroportuaire. J'ai commencé par des études de biologie, puis ai enchaîné sur la psychologie et la psychothérapie. J’ai exercé en tant que psychologue de la police au sein de la Police Fédérale Suisse. Et enfin, sur le tard, je me suis mis à la théologie... et me voilà maintenant à l'aéroport de Zürich...

 

Vous êtes depuis peu sur cette plateforme. Etes-vous le seul à évoluer dans ce domaine de l'aumônerie?

Non, nous sommes une équipe de quatre aumôniers représentant trois confessions religieuses différentes.

 

Votre passé personnel et professionnel vous aide-t-il dans votre ministère actuel ? Est-ce un plus pour vous ? Et pensez-vous que la multiplicité de vos activités antérieures soit un avantage dans vos contacts avec les gens que vous rencontrez ?

Bien sûr ! Cela m'aide beaucoup. Cela me permet sans doute de mieux comprendre, et peut-être plus vite que d'autres, les personnes qui évoluent à l'aéroport quelles qu'elles soient, le personnel d'accueil, les ambulanciers, les policiers, les douaniers, les passagers, les restaurateurs...

 

Les restaurateurs ?

Oui. (devant mon air étonné, il se met à sourire) Il faut dire que, lorsque j'étais jeune, pour payer mes études j'ai exercé toutes sortes de petits boulots, et notamment dans la restauration. C'est très fatigant, la restauration. C'est très contraignant ! Il faut être sur le pont tout le temps, faire de longues heures en restant souriant même si on est fatigué. De plus, il n'y a pas toujours assez de reconnaissance des efforts fournis de la part des clients qui sont souvent très exigeants. Toutefois, cela permet de renforcer sa propre résistance psychologique vis-à-vis des difficultés que l'on peut rencontrer au quotidien.

 

Et les policiers? Pensez-vous pouvoir comprendre ce qu'ils vivent ? La police est très présente sur une plateforme...

Certainement. J'ai été psychologue de la police pendant des années, ce qui est un atout vis-à-vis de cette catégorie de personnel. Il m'est ainsi possible de concevoir ce qu'ils ressentent. Et, par expérience, je sais pertinemment que derrière la façade impassible des policiers, il y a une grande sensibilité qui n'a pas toujours l'occasion de s'exprimer... et parfois beaucoup de souffrance face à ce qu'ils ont à vivre au quotidien. Pour moi, il est essentiel qu'ils puissent avoir quelqu'un de confiance devant qui ils n'aient pas peur de se montrer fragiles, et même éventuellement pleurer pour évacuer le poids de souffrances accumulées.

 

Avant de sortir d'un aéroport international, on passe devant des douaniers. Leur travail vous est-il lui aussi familier ?

Ce domaine ne m'est pas non plus inconnu. Il faut dire que j'ai été assistant scientifique à l'Office fédéral de la santé publique suisse, et ai donc eu à m'occuper de toutes sortes d'addictions, légales ou illégales, en plus du trafic et de la vente de drogues illégales.

 

Et les pilotes ? Est-ce que vous avez une approche particulière à leur égard ?

J'ai aussi fait des études de pilotage, et ai volé sur trois types d'avions différents. Je connais donc aussi plutôt bien leur milieu.

 

Je crois avoir compris que vous êtes fils de réfugiés prussiens. Vous avez dû passer par des moments difficiles dans votre enfance. Cette expérience constitue-t-elle un plus dans votre ministère ?

Oui, bien entendu. Nous avons, à l'aéroport de Zürich, un centre pour les demandeurs d'asile. Grâce à mon badge, je peux y accéder sans problème, et j'y vais à chaque fois que je suis sur la plateforme. Je peux ainsi me rendre disponible aussi bien pour les personnes en attente d'une décision sur leur sort que pour leurs encadrants de tous bords. Comme je suis moi-même enfant de réfugiés de guerre, je suis assez au fait des problèmes rencontrés par certains requérants d’asile.

 

Qu'en est-il des passagers ? En rencontrez-vous beaucoup au quotidien?

En tout et pour tout, il y a plus de cent hommes ou femmes qui passent par la chapelle de l'aéroport chaque jour, ce qui n'est pas négligeable. De plus, on peut voir une vingtaine de personnes s'arrêter au bureau de l'aumônerie pour poser des questions. A cela s'ajoutent tous ceux que nous rencontrons lors de nos rondes dans l'aéroport... ce qui nous fait beaucoup de contacts au bout du compte...


Si je comprends bien, vous faites des permanences à l'aumônerie. Avez-vous des moments de prière et/ou des services religieux ?

Bien sûr! Le mercredi, à midi, nous avons une prière œcuménique, et une fois par mois un service religieux. De plus, nous offrons des moments de prière à des groupes spécifiques. Ce peuvent être des requérants d’asile, des groupes scolaires, des ouvriers, des ouvrières...

 

Parmi les personnes qui participent à ces moments spirituels, y a-t-il une majorité de passagers ou s'agit-il essentiellement de membres du personnel aéroportuaire ?

Il s'agit, pour environ 60% d'entre eux, d'employé(es) de l’aéroport, de vendeurs des boutiques, etc.

 

Disposez-vous d'un lieu de prière interreligieux ou de plusieurs salles de prière ?

Nous disposons effectivement de deux lieux de prière: il y a une chapelle près de la zone d'enregistrement n°1 et une deuxième dans la zone de transfert.

 

Comment vivez-vous ce ministère d'aumônerie ? Et qu'aimeriez-vous que les lecteurs de ces lignes en retiennent ?

Une aumônerie de ce style permet d’être en contact extrême avec tout ce que la vie quotidienne nous offre, avec tous les enjeux spirituel, social, et matériel que comporte la réalité de notre vie au centre de l’Europe. Je pense qu'ici, nous sommes vraiment « au cœur du peuple ». Pour moi, c'est là qu'est la vraie prédication de l'Evangile.

 

Propos recueillis par la pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

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Published by Aumônerie protestante des aéroports - dans La vie des aumôneries

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