Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 07:24

DSCN1383.JPGC’est la nuit. Les passagers se font plus rares à certains endroits de l’aéroport de Roissy. Le personnel aussi.


Des vigiles commencent à circuler dans les galeries pour évacuer les SDF qui ont élu domicile en ce lieu. Certains sont rudes et sévères. D’autres, gênés de devoir accomplir une tâche aussi peu reluisante, secouent les dormeurs avec quelques ménagements.


Et commence alors une sorte de jeu du chat et de la souris. Les sans-logis, dont certains vivent à l’aéroport depuis plusieurs années, connaissent bien les divers recoins de cet immense bâtiment tentaculaire. Comme il ne fait pas trop froid,
quelques-uns se réfugient dans les parcs de stationnement souterrains où ils s’abritent provisoirement entre une voiture et un mur de soutènement. Ils garent tant bien que mal dans un recoin leur chariot chargé de victuailles dénichées dans les poubelles ou achetées avec les quelques pièces glanées au cours de la journée auprès de passagers compatissants. D’autres squattent un coin de cage d’escalier oublié par les vigiles, et somnolent par courtes périodes, se réveillant en sursaut à chaque bruit inhabituel, espérant ne pas être découverts. Malgré ces subterfuges, leur état se dégrade tout de même. Quand on n’a pas assez de sommeil ou qu’il est entrecoupé de trop de réveils angoissés, l’organisme réagit de plus en plus mal. A. ne se lave même plus, lui qui, jusqu’ici, essayait de se tenir à peu près propre. S. déraille de plus en plus souvent, et répète la même chose à l’envi, comme une longue litanie sans fin. H. a le regard de plus en plus farouche et se replie davantage sur elle-même. G. a davantage de crises de colère, et, le jour, se met à insulter sans raison tous ceux qui passent à sa portée.


D’un autre côté, le personnel de nuit respire, lui qui se faisait agresser de plus en plus fréquemment par des SDF violents faisant régner à CDG la loi du plus fort. Qu’ils soient hommes ou femmes, ils viennent à l’aéroport avec l’esprit plus tranquille. Ils n’ont plus l’estomac noué à l’idée d’aller travailler dans ces immenses galeries presque désertes à ces heures tardives. Il en est de même pour les passagers en transit qui, faute de moyens financiers ou de temps, doivent se résoudre à passer une nuit inconfortable sur les sièges de l’aéroport. Ils sont soulagés de ne pas être obligés de veiller en permanence sur leurs bagages. A l’idée de ne pas devoir passer une nuit blanche de peur de se faire voler leurs effets, ils sont soulagés. Ils se sentent en sécurité et peuvent se détendre sans appréhension
aucune.


Les lumières se tamisent et le silence se fait petit à petit. Tout - ou presque - est en sommeil à CDG.

 

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à Roissy-Charles de Gaulle

Partager cet article

Repost 0
Published by Aumônerie protestante des aéroports - dans La vie des aumôneries