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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 06:49

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A l'aéroport, il y a des moments où c'est l'affluence. Toutes sortes de voyageurs se pressent dans les galeries et les coursives. Les uns tirent une ou plusieurs de ces valises modernes dont on ne peut deviner le poids, tant elles roulent bien. C'est seulement au moment fatidique de l'envoi en soute qu'on saura si elles ne sont pas trop lourdes... D'autres se sont harnachés d'un énorme sac à dos bosselé, dont dépasse un tapis de sol tout râpé, et parfois même un duvet élimé qui a vu des jours meilleurs. Et tous ou presque, portent à la main ou en bandoulière, un sac dans lequel se devine, entre autres, un ordinateur portable.

En arrivant au guichet d'enregistrement, sous les yeux scrutateurs d'un agent d'escale, ils vont déposer chacun à leur tour leurs bagages les plus pesants sur un tapis roulant qui les fera vite disparaître, comme par enchantement. Ils ne garderont avec eux que ce qui est plus léger, plus maniable et moins encombrant. Ainsi délestés de ce qui les alourdissait considérablement, ils vont pouvoir pénétrer dans l'avion, et être plus tranquilles pendant le voyage, jusqu'à l'arrivée où ils pourront récupérer leur bien.

Dans la vie, nous avons beaucoup de bagages à porter... des lourds et des moins lourds, certains qui nous encombrent et nous empêchent d'aller de l'avant, d'autres très légers, mais que nous avons parfois du mal à lâcher, tellement nous y tenons.

Il y a le poids des malheurs du passé ou des souffrances plus récentes, pas encore bien cicatrisées. Il y a les deuils mal gérés, l'absence d'êtres chers que l'on ressent profondément, et le manque au quotidien de leur affection à laquelle on prêtait à peine attention tant elle semblait naturelle. Il y a les ruptures digérées de travers, et les déchirures qui font encore mal. Il y a les échecs de la vie que l'on rumine amèrement, en se demandant à quel moment les choses ont commencé à déraper, et ce qu'on aurait pu ou dû faire pour éviter les conséquences désastreuses qui se sont ensuivies. Et puis, il y a tous ces poids d'objets que l'on accumule au cours de l'existence, et qui nous semblent indispensables: on en a tant besoin...

Je me souviens d'un vieil homme que j'avais rencontré quand j'étais aumônier dans un hôpital gériatrique. Un jour que je lui rendais visite dans la pièce minuscule qui lui avait été impartie, il me dit: "Vous voyez cette chambre?" Puis, balayant l'espace d'un geste large, il avait continué en ces mots: "J'ai ici une penderie pour mettre le peu de vêtements dont j'ai besoin dans ce lieu, et une petite table de nuit avec un tiroir pour les souvenirs de toute une vie... Quand on a son chez-soi, on croit qu'on a besoin de tant de choses qui nous semblent indispensables. Mais, quand on arrive ici, on se rend compte que finalement, tout ça, ce n'était que des poids inutiles, et qu'au bout du compte, on a besoin de si peu de choses pour vivre... Et puis, le reste, les souvenirs personnels les plus intimes et les plus importants, je les garde tout au fond de mon coeur, et personne ne peut me les prendre!"           

La Bible nous parle de poids et de fardeaux que les êtres humains que nous sommes portent plus ou moins volontairement. Il y a ceux dont on se plaint peut-être, mais dont, au fond, on n'a pas toujours envie d'être déchargés. Il y a ceux dont on se débarrasse pour un temps, pour en être libérés provisoirement, et qu'on reprend au bout d'un moment comme ces bagages que l'on dépose au bureau d'enregistrement avant de faire un long voyage. Et puis il y a ceux qui nous oppriment, et que nous aimerions voir disparaître définitivement.

"Venez à moi, vous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos..."[1], nous dit une voix chaleureuse et prenante rapportée par l'évangéliste Matthieu. C'est la voix de Jésus qui appelle. Sans contraindre qui que ce soit ni s'imposer, le Seigneur invite tous ceux qui sont las, usés, à bout de forces, à aller vers lui, lui qui n'est pas seulement celui qui donne du repos, mais qui est lui-même le repos.

Oui, le Seigneur veut nous débarrasser de nos fardeaux inutiles afin d'alléger notre existence souvent surchargée. Quant à ceux qu'il nous faut garder, il est prêt à nous en débarrasser provisoirement pour nous soulager, et nous permettre de souffler un peu. Il nous aide ensuite à les reprendre tout en nous accompagnant pour nous aider aussi à les porter. Ainsi ne sommes-nous jamais seuls, car il est là à nos côtés, cheminant avec nous sur la route de la vie.

"Venez à moi, vous qui êtes fatigués et chargés", nous dit-il, "et je vous donnerai du repos..."

 

                                                                                                                                                                                    Anniel Hatton

 

                                                                                   



[1] Mtt. 11: 28-30

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Published by Aumônerie protestante des aéroports - dans Spiritualité