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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 21:38


Récit de la naissance de Samuel

Comme elle prolongeait sa prière devant le Seigneur, Eli observait sa bouche. Anne parlait en elle-même. Seules ses lèvres remuaient. On n’entendait pas sa voix. Eli la prit pour une femme ivre.
1 Samuel 1.12-13

En ce temps-là, à la fin de l’été, les greniers regorgeaient de blé, les jarres débordaient d’huile et les troupeaux s’étaient agrandis. Les familles étaient heureuses. Alors, tous se rassemblaient sur la place du village pour monter au sanctuaire de Silo. On partait là-haut en pèlerinage, remercier le Seigneur Dieu pour tous ses bienfaits.
Voyez l’effervescence : les petits ânes piétinent d’impatience en soulevant la poussière. Les mères rassemblent leurs enfants dans leurs jupes. Les hommes arriment des fardeaux de farine et d’huile sur le dos des ânes : ce sera leur offrande, là-haut, au sanctuaire.
Et claque le grand fouet, c’est le signal du départ : la caravane s’ébranle. Le bouvier mène le troupeau des taureaux de trois ans pour les sacrifices, et les familles s’égrènent derrière lui tout au long du chemin. Lorsque la caravane atteint les confins des collines d’Éphraïm, les hommes entonnent les chants de montée, aussitôt repris par les voix des femmes et les enfants.
Au village, la poussière retombe, le bruissement des piétinements s’atténue, on n’entend plus que l’écho des chants porté de loin en loin par la brise ondoyant entre les collines.

Au coeur du village de Rama, dans sa maison désertée, une femme est restée seule. Elle soupire d’aise. Elle reprend son fuseau de bois et enroule un beau fil de lin bien fin et bien régulier. Son enfant est là, à ses pieds dans son berceau de joncs.
Quelques instants auparavant, son mari s’est inquiété :
— Mais enfin Anne, tu n’entends pas l’agitation au-dehors ? Tout le monde est prêt, et toi, que fais-tu ? Tu ne te prépares pas pour venir au sanctuaire de Silo ? …
— Non, cette année, je ne viendrai pas. Plus tard, lorsque je pourrai accomplir mon voeu…
— Comme tu voudras, femme, fais comme bon te semblera, a répondu Elkana, son époux, et il est parti avec sa seconde femme, Peninna et les enfants.

Le silence de la maison est doux. Anne sourit à son enfant…
— Si tu savais, mon fils chéri. Moi aussi, année après année, je suis montée en pèlerinage au sanctuaire de Silo…
Anne se souvient de la longue marche de l’année dernière : la poussière, la fatigue, les chants, l’arrivée au sanctuaire, et puis le sacrifice du taureau de trois ans. Lorsque la graisse brûle, la fumée monte tout droit dans le ciel, signe de l’agrément du Seigneur Dieu. Elkana son époux peut alors procéder au partage. Avec son grand couteau, il détache délicatement le filet, la plus belle part. Aussitôt le fils aîné tend sa galette : mais non, la plus belle part n’est pas pour le fils aîné. Alors, Peninna, la seconde femme tend sa galette : mais non, la plus belle part n’est pas pour la seconde femme. Elkana dépose délicatement le morceau dans la galette d’Anne, sa femme bien-aimée, la femme de sa jeunesse.

Aussitôt la voix de Peninna s’élève, remplie de colère :
- Ce n’est pas parce qu’elle a la plus belle part qu’elle est la femme glorieuse !… C’est moi qui suis la femme glorieuse, c’est moi qui ai porté les enfants d’Elkana ! En dix ans de mariage, elle n’a pas réussi à avoir un seul enfant… ! Ses entrailles sont desséchées !

Anne baisse la tête, et deux sillons brillants glissent sur ses joues,
- Pourquoi elle pleure ? dit un enfant.

Elkana entoure de ses bras les épaules d’Anne :
- Pourquoi pleurer, pourquoi te tourmenter ?… Est-ce qu’un mari tendrement aimé ne vaut pas mieux que dix fils ?

Alors Anne se lève, les yeux rouges, échevelée, elle court jusqu’au sanctuaire. Elle passe devant le grand prêtre Eli sans le voir, sans voir l’ourlet défait de sa tunique, ni les poils gris de sa barbe rare.

Elle se précipite à la porte du sanctuaire, et là, se tordant les mains, elle murmure :
— Seigneur, mon coeur est triste à mourir. Je t’en supplie, accorde-moi un fils. Il sera ton servant, ici-même, dans ce sanctuaire, il te sera consacré. Le rasoir ne passera jamais sur sa tête.

Le prêtre Eli, voyant cette folle s’agiter ainsi se met à la chasser en disant :
- Va-t-en ivrogne, va cuver ton vin ailleurs !
- Hélas ! mon Seigneur, je ne suis pas ivre, je ne suis pas ivre de vin, mais de douleur ! Je viens ici même, apporter ma prière au Seigneur Dieu.
- Va ma fille, dit Eli, va, ne te tourmente pas, et que le Seigneur t’accorde ce que tu lui as demandé…

Alors une grande paix descend sur le coeur d’Anne, une grande sérénité. Elle retourne à la table où toute la famille est réunie, et elle peut manger.

Le lendemain, Elkana, Peninna, Anne et les enfants retournent au sanctuaire afin de remercier une fois encore le Seigneur avant de retourner au village de Rama…

Et maintenant tu es là, mon fils bien-aimé, Samuel, donné, accordé par Dieu. Que tu es beau. Tes cils font comme un éventail sur tes joues rebondies.
Je te donnerai tout ce que j’ai de meilleur. Regarde, Samuel, c’est pour toi que je file ce beau fil de lin bien fin et bien régulier. Ensuite, je tisserai pour toi une petite robe.
Lorsque tu seras grand, nous irons ensemble au sanctuaire de Silo, toi, tu marcheras devant. Ton père conduira le taureau de trois ans, pour le sacrifice. Et moi je guiderai le petit âne chargé d’offrandes de farine et d’huile.
Nous irons voir le grand prêtre, et je lui dirai :
- Eli, te souviens-tu de moi… Je suis celle qui était venue apporter sa prière à la porte même du sanctuaire. C’est pour cet enfant que je priais : regarde le Seigneur me l’a accordé.
Je te le confie, il sera consacré au Seigneur, jamais le rasoir ne passera sur sa tête. Tu lui enseigneras la religion de nos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. Ici-même, dans ce sanctuaire, il sera le servant du Seigneur.
Chaque année, je lui confectionnerai une petite robe de lin, plus grande, et je lui apporterai. Et toi, Eli, tu glisseras sur ses épaules l’Ephod, le signe distinctif des servants de l’Éternel. (1) N.L.


(1) Lecture : Premier livre de Samuel, chapitre 1, versets 1 à 28, et chapitre 2, versets 1 à 11 et 18 à 19

 


* Note
Strasbourgeoise d’origine, Noëlle Lassalle raconte la Bible en catéchèse depuis de nombreuses années. Elle travaille depuis presque dix ans avec trois amies : Louise Lagasse, Magui Maurette et Magali Glaenzer au sein de l’association : Parole Contée . A travers leurs récits , elles font toutes les quatre la courte échelle à tous ceux qui voudraient entrer dans le monde de la Bible .

Après une exégèse approfondie, des recherches culturelles et historiques, et un travail d’oralité en commun, elles créent chacune leur conte avec toute leur foi et leur sensibilité… afin d’emporter leur auditoire au pays de la Bible.
Elles animent sur demande des soirées, ou des cultes et organisent des formations .
Marie-Hélène David vit en Alsace, elle est historienne et artiste : graveuse et dessinatrice, elle a été présidente de l’association « l’Estampe du Rhin » .

Le roseau , la pierre et le cristal est le premier ouvrage qu’elles éditent : Editions Olivétan , octobre 2006 17 euros

Association Parole Contée :
72 ave du Docteur Fleming
13500 Martigues
noelle.lassalle@mac.com

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Published by Aumônerie protestante des aéroports - dans Spiritualité