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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 21:07

DSCN3237.JPGIls vont embarquer… Il est 18h15 au Terminal 2B et l'avion est à l'heure. Comme à chaque fois, j'ai un petit pincement au cœur en disant adieu à une famille de Wishes4kids. Cette association britannique tente d'exaucer le vœu le plus cher d'un enfant malade en fin de vie, ou atteint d'un handicap très lourd. Les plus petits d'entre eux n'ont qu'un seul désir, c'est d'aller à Disneyland. Alors l'association leur offre le voyage de leurs rêves tous frais payés. C'est le cas de cette fillette trisomique souriante et joyeuse accompagnée par sa famille. Lundi, je les ai accueillis à l'arrivée de l'avion, et aujourd'hui mercredi, c'est le moment du retour. Afin que ce soit moins difficile pour eux de reprendre pied dans la réalité, je les ai aidés à effectuer les formalités d'enregistrement. Puis, après avoir longuement écouté les parents me raconter leur vie parsemée de joies et d'épreuves de toutes sortes, j'ai joué avec la fillette, l'aidant à coller des stickers sur un album coloré offert par l'aéroport…

Déjà deux heures d'écoulées ! Le temps passe plus vite qu'on ne croit, même quand on attend en salle d'embarquement. L'agent d'escale vient de faire son annonce: c'est l'heure. Il faut y aller. "Ma" famille se lève et se dirige vers la passerelle lorsqu'au moment de s'éloigner la jeune mère se ravise. Elle se retourne tout à coup vers moi en un élan rempli d'affection et m'embrasse. Puis elle s'éloigne. Elle a les larmes aux yeux. Alors que, toute émue, je me fraye un chemin dans la salle d'embarquement pratiquement comble, je m'aperçois que des regards ébahis suivent ma progression. C'est que j'ai un dossard "aumônerie protestante" et que la jeune femme qui vient de m'étreindre avec effusion porte un voile et est ostensiblement musulmane…

 

En tant que pasteure de l'aumônerie protestante de l'aéroport de Roissy, même si je me dois de répondre en premier lieu aux demandes des protestants, ou des chrétiens en général, je ne fais acception de personne, et je suis au service de tous ceux qui font appel à moi, quels qu'ils soient.

 DSCN3622.JPG

Hier, c'était un réfugié d'un certain âge accueilli il y a plusieurs mois par l'équipe de la Croix Rouge du Terminal 1. A l'instar de nombre de ses pareils, il revient de temps à autre voir ceux qui lui ont témoigné un peu d'amitié et de compassion à son arrivée sur le territoire français. Il est vrai que, comme ses capacités linguistiques sont limitées, nos conversations ne vont pas très loin. Mais l'important pour lui, c'est de se sentir accepté en tant que personne… Quelques minutes après l'avoir croisé et échangé quelques mots avec lui, alors que j'arpente un des nombreux tapis roulants du Terminal 2  j'entends des pas pressés derrière moi. C'est ce même homme qui vient de me rattraper et qui, avec un sourire un peu embarrassé, m'offre deux roses qu'il a sorties de son sac usé jusqu'à la corde…

 

Anniel Hatton

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 15:45

DSCN1415.JPG

Seigneur, je suis fatiguée,

lassée de me baisser, de frotter, de récurer,

de ramasser les papiers gras tombés par terre,

et qu'une main négligente a lâchés

à quelques centimètres de la poubelle…

pourtant presque vide.

 

Mon corps est usé, Seigneur,

par tous ces durs travaux

sans cesse recommencés

que personne ne remarque,

sauf s'ils ne sont pas faits.

 

Les gens passent à côté de moi,

Et c'est comme si je n'existais pas.

J'ai parfois l'impression d'être invisible,

Et que les regards me traversent sans me voir.

 

Aide-moi à me rappeler, Seigneur,

Qu'à tes yeux tout travail bien fait est précieux.

Merci de de me considérer comme importante,

Et, même si je suis tout en bas de l'échelle sociale,

De me donner le sentiment que tu m'aimes telle que je suis.

 

Amen

 

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 10:00

peche2.gifSept disciples de Jésus reviennent bredouilles d'une longue nuit de veille passée à pêcher sur le lac de Tibériade. Alors qu’ils s’approchent du bord, ils ont l'immense surprise de découvrir Jésus ressuscité, là, sur la rive. Tout d'abord, ils ne le reconnaissent pas. Est-ce la lumière insuffisante du petit matin qui les empêche de l’identifier? Ou tout simplement qu'ils ne s'attendent pas à le voir en ce lieu? Pourtant, sans encore savoir qui il est, sur son ordre, et malgré l'inanité des efforts fournis jusqu'ici, ils reprennent le travail interrompu. Bien leur en prend puisqu'ils font soudain l'expérience inattendue d'une nouvelle pêche miraculeuse. Et c'est alors que leurs yeux s'ouvrent, et qu'ils reconnaissent leur Maître en cet homme solitaire au regard bienveillant debout sur le rivage.

Tandis qu’ils s’échinent à tirer leur lourde charge en joignant leurs forces, ils voient au loin un minuscule point de lumière vacillant dans la demi pénombre: c’est un feu de braise, autour duquel Jésus s'affaire.

Dès que les pêcheurs ont réussi à ramener à bon port le filet débordant de poissons, il les invite à un pique-nique matinal à la bonne franquette. Sur le feu, du poisson cuit déjà. Où se l'est-il procuré? Nul ne le sait. Mais peu importe. En tous cas, lorsque les disciples arrivent à ses côtés, Jésus les invite au partage: du poisson et du pain, repas simple s'il en est, au cours duquel règne la chaleur fraternelle et l'attention mutuelle. Puis, comme ils sont tout de même assez nombreux, il leur demande de participer au repas en y ajoutant une partie du produit de leur pêche.

Jean ne nous raconte pas par le menu de quoi les disciples ont parlé avec leur Maître retrouvé. Il ne reprend qu'une bribe du dialogue de Jésus avec Pierre… dialogue instauré sans doute pour renouer les fils du contact brisé par le reniement du disciple après l'arrestation de son maître. Mais même si l'auteur de ces lignes ne se répand pas en détails sur ce qui s'est passé ce matin-là à l'aube, on a le sentiment qu'y règne une communion fraternelle restaurée et une reprise de l'amitié interrompue par les évènements tragiques qui se sont déroulés si peu de temps auparavant. Le feu allumé par Jésus en est le symbole, symbole à la fois de la chaleur amicale qu'il insuffle à ces moments de retrouvailles, symbole aussi de la destruction définitive d'un passé marqué par la lâcheté et la trahison de ses proches au moment le plus douloureux de son existence. Quant aux aliments partagés ensemble, du poisson et du pain, nourriture de base pour les pêcheurs que sont les sept disciples ce jour-là, ils montrent une fois de plus à quel point Jésus peut être attentif aux besoins élémentaires de ceux qui lui font face. Et il y répond le plus simplement du monde par le don et le partage de cette nourriture frugale.

C'est ainsi que Jésus nous attend aux tournants de notre existence, lorsque les échecs s'accumulent et que l'avenir peut sembler incertain, ou que les projets que nous faisons tardent à trouver leur accomplissement. Il est là, au bord de notre vie, quand nous nous sentons usés et découragés. Il nous donne de quoi vivre et nous sustenter, juste ce qui est nécessaire. Jamais de superflu. Et dans un monde où l'individualisme et la solitude règnent bien souvent, il relève ces simples plats de base des épices du partage et de la fraternité.

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 13:59

DSCN3036.JPG« Je suis en transit, et mon avion ne décolle qu’à 19h. Quel bonheur que d’entendre des chants de Pâques à l’aéroport ! » Celle qui s’exprime en ces mots est une petite dame au visage souriant qui arbore une grande croix sur un pull très coloré. Catholique, elle se réjouit de ce qui est pour elle une bonne surprise à laquelle elle ne s’attendait pas.

Nous sommes le samedi de la semaine sainte, et depuis le début de l’après-midi, le terminal 1 résonne de mélodies rythmées célébrant la joie de cette fête de Pâques qui ne constitue, pour beaucoup, que le début des vacances scolaires. DSCN3033.JPG

Composée de choristes et d’instrumentistes appartenant à différentes églises protestantes du sud des Yvelines qui se retrouvent chaque semaine pour répéter des chants très variés, la chorale Yvelines Espoir a ainsi permis aux passagers et au personnel de l’aéroport de Roissy de célébrer Pâques en musique et dans la joie.

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

DSCN3029.JPGDSCN3032.JPG

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 14:12

MaryMagdaleneTomb.jpgL’énigme de la pierre déplacée

Il fait encore sombre. C'est l'heure indécise où le jour se lève et où les formes du paysage sont encore imprécises. Une femme au visage défait marche à pas pressés vers un jardin du Mont Golgotha. C'est Marie de Magdala qui se hâte ainsi, le cœur lourd, et les yeux encore remplis d'un trop plein de larmes qu'elle tente en vain de refouler. Elle se dirige vers un tombeau où, trois jours auparavant, un corps sans vie a été déposé. C'est celui de Jésus de Nazareth, cet homme bon et compatissant qu'avec une poignée de disciples, elle a suivi pendant des mois et des mois, et qui a été crucifié, supplice horrible s'il en est.

Marie n'est pas encore parvenue à son but que, de loin, elle voit que quelque chose ne va pas. Elle se frotte les yeux, incrédule. Mais que se passe-t-il? L'énorme pierre qui fermait le sépulcre a été roulée...Qui a pu faire une telle chose ? Et pourquoi ? S’agit-il d’un excès de précaution des autorités politiques et religieuses en place pour éviter une éventuelle récupération de cette exécution par leurs opposants toujours si actifs ? Quelle est la raison de cette étrange énigme ? Alors que des pensées tumultueuses agitent son esprit, Marie s'approche en tremblant, se demandant ce qu'elle va trouver en ce lieu. Le tombeau a-t-il été profané?

A peine arrivée, elle découvre que le corps, qui y avait été déposé avec toutes les précautions possibles et inimaginables, a disparu. Le tombeau est vide… désespérément vide. Le deuil de Marie de Magdala est alors redoublé avec cette disparition énigmatique.

La voilà donc confrontée avec une deuxième énigme, l’énigme du tombeau vide 

            Qui a bien pu subtiliser le corps ? Marie ne sait que faire. Dans son désarroi, elle se précipite vers les autres disciples pour les prévenir… Peut-être sauront-ils, eux, ce qui se passe. Peut-être auront-ils une idée de ce qui a bien pu se produire. Peut-être ont-ils déjà la clé de cette énigme?

            Or la déconvenue est grande pour la pauvre Marie de Magdala. Les disciples de Jésus sont tout aussi déconcertés qu'elle. Marie n'est pas plus avancée après son entretien avec eux qu'auparavant. Et la voilà repartie, le cœur alourdi par le poids de l'incompréhension et l’inquiétude. Ses pas la portent machinalement vers le jardin qu'elle avait quitté quelques instants plus tôt… Réaction somme toute on ne peut plus normale !Comme pour vérifier qu'elle n'a pas eu la berlue, quelques heures auparavant, elle s'approche du sépulcre tout en pleurant. 

Et là, voilà qu’une troisième énigme s’offre à elle : l’énigme des squatteurs de tombeau

 Marie s'aperçoit que la situation a évolué depuis son premier passage, et que l'anfractuosité creusée dans le rocher pour en faire un tombeau n'est plus vide. Deux hommes en vêtements blancs resplendissants, et ressemblant à des anges s'y trouvent, l'un à la tête de l'endroit où avait été étendu le corps, l'autre aux pieds. Que peuvent-ils bien faire là ? A quoi rime leur présence en ce lieu? De plus, non contents d’être là, les deux hommes commencent à parler. Et ils s’adressent à elle : "Pourquoi pleures-tu?" l’interrogent-ils. A peine Marie a-t-elle balbutié une réponse qu’embarrassée, elle se détourne pour cacher son visage souillé de larmes… C’est tout de même gênant pour une femme adulte que d’être vue en telle posture !

Et, quatrième énigme, elle aperçoit alors un autre homme, un inconnu lui aussi, un jardinier probablement. 

            Que de monde tout à coup dans ce jardin ! L’homme est debout derrière elle et la regarde en souriant. Puis il l'interroge. Allons bon! C'est bien le moment de répondre à des interrogatoires! C’est vrai qu’il a quelque chose de familier, cet homme, mais quand on est dans le désespoir le plus total, on ne comprend plus rien, et on est vite pris au dépourvu devant une situation inédite et imprévue. La pauvre Marie est profondément perturbée par tous ces évènements qu’elle ne comprend pas. Elle ne sait plus où donner de la tête, bafouille une réponse, cherchant à se débarrasser de celui qu'elle prend pour le jardinier du lieu.

"Marie!" s'écrie alors l'homme. Et voilà que sur ce seul mot, son propre nom, le voile qui obscurcissait l'esprit de Marie de Magdala se déchire. Elle ne sait pas comment cela a bien pu se passer, mais elle comprend soudain que c'est bien Jésus qui est là, devant elle. Il est revenu à la vie! Il est ressuscité!

Marie ne pose plus de questions. Elle ne cherche pas à savoir le pourquoi, le comment ou le but de cette quadruple énigme. Elle sait seulement une chose, c’est que Jésus est là, ressuscité, devant elle, et que c’est tout ce qui compte. Le poids qui pesait sur son cœur s'est envolé, et tout son être bat à l'unisson de la nature ensoleillée, des oiseaux qui chantent autour d'elle, et que, depuis trois jours, elle ne voyait plus ni n'entendait plus.

Tout à coup, elle revit : « Maître! », s'écrie-t-elle avec une reconnaissance éperdue devant cet inattendu de Dieu qu’elle n’aurait jamais osé espérer. « Maître! »

 "Va!" lui dit alors Jésus, "et raconte ce que tu as vu." Sans plus attendre, il fait de cette femme éplorée et fragilisée une messagère, une prédicatrice de la bonne nouvelle de sa résurrection, et l’envoie en témoin sur les chemins de la vie avec une force renouvelée et une espérance nouvelle. 

Dans nos vies souvent remplies de peine, d'incompréhension, et d’énigmes plus ou moins douloureuses que nous ne savons pas toujours résoudre, Jésus vient ainsi se manifester, et nous dire: "Pourquoi pleures-tu? Je suis là! Je suis ressuscité!  Je suis vivant pour toujours! Et je veux t'aider à vivre ton quotidien, facile ou difficile, certain ou incertain, triste ou joyeux. Je suis là avec toi, quoi qu’il arrive, et je t'accompagnerai tous les jours de ta vie."

 

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 13:29

DSCN2823.JPG"Tous nos vœux ! Permettez-nous de vous offrir le calendrier interreligieux de l'aéroport…"

 

Un sourire, quelques mots aimables, deux ou trois mots de présentation. Et voilà le contact établi avec les vendeurs des boutiques aéroportuaires. En début d'année, une bonne partie de notre temps se passe ainsi à des distributions systématiques de calendriers dans les bureaux ou les espaces commerciaux des plateformes parisiennes.

 

La cafétéria du terminal 1 ressemble à une ruche bourdonnante. De nombreux membres du personnel au sol s'y retrouvent quotidiennement pour partager un repas. Pour certains d'entre eux, c'est le seul moment où ils peuvent se retrouver entre eux s'ils ne travaillent pas dans le même secteur. De plus, on y est accueilli avec un sourire par le personnel de service, ce qui n'est pas négligeable. Et finalement, à force d'y venir, on se fait de nouvelles connaissances et on tisse des liens avec les uns ou les autres.

 

J'ai rendez-vous avec Lynda Abrahami, la responsable du Pôle Communication de l'aéroport. Dynamique et résolue, Lynda est une personne à l'abord très sympathique et au regard attentif. Curieuse de mieux connaître le monde autour d'elle, ouverte à tous les êtres humains qui l'entourent, c'est une voyageuse invétérée et passionnée de musique Gospel.

 

Au cours de la conversation, je découvre que c'est d'elle que vient cette idée originale de calendrier DSCN2824.JPGinterreligieux. Euréka! Depuis que je suis à l'aéroport, je n'avais pu obtenir jusqu'ici que des réponses approximatives à mes questions sur ce point…

 

Longtemps, Lynda s'était interrogée sur la raison pour laquelle, dans un pays qui tient autant à la laïcité que la France, tous les calendriers proposés par des services de l'Etat ne contenaient que les fêtes chrétiennes. Un jour l'idée lui vient d'en composer un pour son lieu de travail avec les fêtes des trois grandes religions monothéistes.

 

Elle prend alors contact avec deux des aumôniers de l'époque, une religieuse catholique, Sœur Bernadette, et le pasteur Jean-Pierre Dassonville, représentant à CDG de la Fédération Protestante. Ensemble, ils jettent les bases préliminaires de ce projet. Ils commencent par réfléchir au format le plus pratique pour tous, assez petit pour tenir dans une poche, assez grand pour ménager les yeux fatigués des plus âgés.

Puis ils se préoccupent du contenu. Que faut-il y inclure en plus des dates des diverses célébrations? C'est ainsi que seront précisés la localisation des centres spirituels et les noms des aumôniers des différents cultes. Notre trio passe ensuite à l'étape suivante: s'assurer de la collaboration amicale et régulière des collègues rabbins et imams.

 

Et c'est ainsi qu'en 2006 le premier calendrier interreligieux des aéroports de Paris voit le jour.

 

Au cours des années, des améliorations lui seront apportées. La réflexion de ses concepteurs s'élargit en effet à l'aspect pédagogique du projet. Pourquoi ne pas insérer une courte explication d'une ou deux fêtes de chaque religion pour permettre à chacun d'apprendre à connaître celui ou celle qu'il côtoie parfois au quotidien?

 

Quand j'interroge Lynda sur son but premier en ébauchant son projet initial, elle me répond en termes d'humble contribution à la paix entre les peuples, de tolérance mutuelle entre les différents cultes, et d'acceptation de l'autre dans sa différence.

 

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

 

NB : ce calendrier interreligieux est disponible toute l’année dans chaque centre spirituel aéroportuaire

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 12:41

PalmSunday.pngCe jour-là, il faisait beau sur la route de Jérusalem. Les fleurs des champs sentaient bon sur le bord du chemin. L’herbe commençait à repousser et à reverdir, et les feuilles des arbres se faisaient plus touffues. Jésus et ses amis avaient déjà beaucoup marché. Peut-être que les disciples avaient envie de se reposer un peu, qui sait…Mais voilà que Jésus leur demande de faire encore un effort. « Allez au village, là-bas, et ramenez-moi un âne. »

Un âne ? Mais quelle idée ! On le savait bien que Jésus était un original, mais là, tout de même…C’est que ce n’est pas très facile à diriger un âne… C’est têtu, un âne.

                S’il a envie d’avancer, tout va bien. Mais s’il n’en a pas envie, allez donc le forcer à faire un seul pas en avant… Ce n’est pas évident !

 

               Quand j’étais enfant, dans la campagne poitevine ou nous passions les « petites vacances », il y avait un vieux paysan qui s’appelait Clovis. C’était un homme attachant, souriant mais peu loquace, qui continuait à cultiver bon an mal an le seul champ qui lui restait…un petit bout de terrain tout en longueur au plein milieu du village. Et le vieux Clovis taciturne et têtu labourait son champ avec une vieille charrue attelée à un vieil âne. Cet âne antique tout pelé décidait parfois de s’arrêter en plein milieu du champ, laissant inachevé le sillon à peine commencé. Clovis essayait de le persuader, lui parlait, le cajolait, le menaçait, haussait la voix. Peine perdue ! Rien n’y faisait. Le vieil âne ne reprenait son travail que lorsqu’il l’avait décidé. Clovis se résignait à l’inévitable, et il finissait par prendre son mal en patience et par attendre, appuyé sur les mancherons de sa charrue, que son bourricot veuille bien se remettre au travail.

 

               Nous ne savons pas comment cela s’est passé le jour des Rameaux, avec les disciples de Jésus qui devaient ramener à leur maître un âne inconnu. De plus, celui qui avait été choisi était tout jeune. Il n’avait jamais encore porté de fardeau sur son dos.

              Mais voilà que, malgré leurs doutes et leurs questions, les disciples font ce qui leur est demandé, et ramènent l’animal à Jésus qui s’assied dessus.

               Et les voilà repartis pour un tour. Ce n'est pas encore l'heure du repos. A la suite de leur Maître, ils s’engagent sur la route qui monte vers Jérusalem. Et là, surprise, surprise !

               Un monde fou les attend, comme s’ils avaient été prévenus que Jésus allait passer par là. Grands et petits sont fous de joie, et agitent dans tous les sens des branches qu’ils ont coupées aux arbres du chemin. Ils voudraient tant que Jésus tourne la tête vers eux, qu’il les regarde, qu’il remarque leur présence, là, tout près. Et ils le saluent en criant : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » C’est un vrai jour de joie que ce jour de la montée de Jésus à Jérusalem.

               Et pourtant, il y a tout de même quelques râleurs qui se permettent de critiquer les évènements du jour. C'est vrai qu'ils passent presqu’inaperçus dans cette foule délirante. Mais comme toujours, quand ça se passe bien, et qu’il y a de la joie dans l’air, il faut quelques rabat-joie, jaloux et pointilleux. Peut-être qu’ils auraient bien voulu être les rois de la fête, eux ! Et puisqu’ils ne le sont pas, puisqu’ils ne peuvent pas parader sur le devant de la scène, ils critiquent tout ce monde qui se bouscule, s’agite, fait du bruit, et crie, s’égosille jusqu’à ne plus avoir de voix.

En les entendant - parce qu'il entend tout- malgré le tintamarre qui se fait autour de lui, Jésus lâche seulement une petite phrase, une toute petite phrase, seule réaction de sa part qui soit parvenue jusqu’à nous: « S’ils ne crient pas, les pierres crieront… »

 

               Alors, si nous, vous et moi, nous avions été sur le chemin qui monte vers Jérusalem en ce beau jour ensoleillé des rameaux, comment aurions-nous réagi ? Aurions-nous réagi comme les disciples, les foules en délire, les râleurs de service ? Comment nous comportons-nous dans notre vie de tous les jours ? Comment vivons-nous notre vie personnelle, au travail, en famille, et avec Dieu? Sommes-nous têtus comme un âne qui ne veut pas avancer sur la route qui mène vers Dieu, parce que, sur le bord du chemin, il y a tout de même une bonne herbe verte bien tentante ? Et l'on sait bien que c'est toujours mieux là où l'on n'est pas, n'est-ce pas? Sommes-nous de ces râleurs de service qui trouvent toujours quelque chose à redire à ce qui se passe, et critiquent tout et n’importe quoi ? Ou bien sommes-nous fidèles et obéissants comme les disciples ce jour-là, qui ont fait ce que Jésus leur demandait même s’ils n’en comprenaient pas vraiment la raison ?

              Savons-nous nous lâcher et être joyeux sans arrière-pensée comme les foules qui acclamaient Jésus, et chantaient « Hosanna » de tout leur cœur ?

              A chacun de nous de choisir quel comportement nous préférons. Mais peut-être faut-il aussi nous demander ce que Dieu attend de nous en tant que chrétiens ?

 

« Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »

 

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 14:59

photo.JPGC’était il y a un peu plus d’un an. Nous étions à Phoenix, en Arizona. Alors que la France abordait un automne pluvieux et frais, une soixantaine d’aumôniers d’aéroports de tous pays se retrouvaient pour leur rassemblement annuel dans une région ensoleillée où régnait un minimum de 35° à l’ombre.

Kennedy M'pande était sans doute le plus jeune de tous les participants à cette rencontre. Il n'était pas encore trentenaire, et avait accompagné deux de ses collègues congolais à ce congrès international de la IACAC afin de voir comment se vivait l’aumônerie dans d’autres contrées de notre globe. Tout était nouveau pour lui, et il était là, concentré et souriant, bien décidé à apprendre comment monter une aumônerie de toutes pièces. Je le voyais écouter avec attention toutes les interventions, prêt à tirer parti de l'expérience des autres si elle lui semblait adaptable à son pays. Car, à l'aéroport de Lubumbashi, il n'y avait pas encore d'aumônerie proprement dite.

Kennedy, qu'est-ce qui vous a amené à l'aumônerie ?

C'est un frère méthodiste de ma paroisse qui m'a incité à aller à Phoenix. Ce qu’il m’a dit sur l’aumônerie aéroportuaire m’a beaucoup intéressé. Je suppose que c’est après avoir observé mon assiduité tant dans la vie professionnelle que dans les activités d’église qu’il a décidé de m’en parler. Il y avait longtemps qu'il essayait de mettre sur pied une aumônerie à l'aéroport de Lubumbashi, et il m'a demandé de lui prêter main forte.

De quel style d'aéroport s'agit-il ? Est-ce une grande plateforme ?

Tout est relatif… Mais par rapport à mon pays, c’est le deuxième aéroport international en termes de grandeur et de flux de voyageurs.

Quelle est la situation là-bas dans le domaine de l’aumônerie ? La direction est-elle favorable à ce genre de projets ?

Non, pas du tout, c'est très difficile. Pour la direction, l'aumônerie n'est pas une priorité. Et les démarches entreprises n'ont pas abouti à grand chose pour le moment.

L'aéroport met-il au moins gracieusement un local à votre disposition pour accueillir les membres du personnel et/ou les passagers qui ressentiraient le besoin de se recueillir avant de reprendre leur travail ou de partir en voyage ?

Absolument pas. Il nous faut trouver nous-mêmes le financement nécessaire et payer la location d'une salle si nous voulons en avoir une. La direction de l’aéroport ne voit aucun intérêt à l’instauration d’une aumônerie dans ses locaux.

Les églises de la région vous soutiennent-elles dans ce projet ?

L’implication des églises est encore balbutiante. Peut-être que l’œuvre n’est pas encore bien comprise. Nous évoluons toutefois vers une collaboration franche et soutenue avec les communautés des environs.

Ce genre d'initiatives peut parfois prendre beaucoup de temps. Est-ce que vous arrivez à en trouver pour faire toutes ces démarches ?

Je travaille dans une banque et j'ai une vie professionnelle très prenante... sans compter mes activités d'église. Ce n'est donc pas toujours très facile de trouver le temps nécessaire, mais par souci de voir l’œuvre évoluer, je prends le temps malgré tout, ce qui implique certains sacrifices, bien entendu.

Vous avez toujours dû vous battre dans la vie pour vous en sortir, et ce depuis votre toute petite enfance. Cela vous donne-t-il une certaine combativité qui vous permet de ne pas vous laisser décourager trop facilement devant les obstacles qui se dressent sur votre route ?

Absolument. J’ai appris à ne jamais baisser les bras face aux difficultés de l’existence. J’ai appris à tailler mon chemin dans le roc et à regarder la vie d’un œil optimiste malgré tout. Mais j'ai aussi sous les yeux l'exemple de ma mère, qui a dû travailler dur toute sa vie pour élever seule neuf enfants. Et puis, elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour que nous ayons l'occasion de faire des études. Je lui en suis très reconnaissant. C’est une femme très courageuse.

Pensez-vous que le fait de ne pas avoir eu votre père biologique à la maison et d'être obligé de prendre des responsabilités très jeune peut vous aider à mieux comprendre les hommes et les femmes que vous rencontrez et qui peuvent parfois être accablés par la solitude et toutes sortes de soucis personnels ?

Chaque situation de vie a certainement quelque chose à nous apprendre. Dans mon cas, je crois que oui, je saurai à l’occasion mieux comprendre et peut-être mieux aider ceux qui sont dans la peine.

Comment peut-on vous soutenir dans votre projet ?

Nous avons besoin de vos prières pour que la direction voie plus clairement la nécessité d'une aumônerie. Il faudrait que ses responsables soient conscients qu'un tel projet pourrait être un plus pour notre aéroport, non seulement pour les autochtones, mais aussi pour les passagers étrangers en transit qui recherchent peut-être un lieu calme où ils pourraient faire silence en eux-mêmes et reprendre souffle.

Propos recueillis par la pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 07:04

Christian-Buschan.jpgQui imaginerait que ce barbu souriant et sociable à la chevelure de neige soit aumônier d'aéroport ? Et pourtant il en est bien ainsi. Christian Buschan vient de Zürich, en suisse alémanique. Polyglotte, il passe sans difficulté de l'anglais au français, ce qui facilite grandement notre entretien. Comme nous nous trouvons dans un congrès œcuménique, par curiosité, je l'interroge sur la dénomination à laquelle il appartient. « Je suis catholique-chrétien », me répond-il.

 

Cette appellation peut sembler curieuse aux personnes non averties. Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Et quelles sont quelques-unes de vos caractéristiques ?

Les catholiques-chrétiens appartiennent à une branche minoritaire du catholicisme dont la théologie varie quelque peu du catholicisme romain qui vous est plus familier en France. Pour nous, entre-autres, le pape est un évêque comme un autre, les prêtres peuvent fonder une famille, et les femmes peuvent exercer la prêtrise au même titre que les hommes.

 

Vous êtes aumônier d'aéroport. Vous avez bien dû suivre une formation pour en arriver là?

J'ai exercé plusieurs autres activités professionnelles avant de me retrouver au quotidien sur une plateforme aéroportuaire. J'ai commencé par des études de biologie, puis ai enchaîné sur la psychologie et la psychothérapie. J’ai exercé en tant que psychologue de la police au sein de la Police Fédérale Suisse. Et enfin, sur le tard, je me suis mis à la théologie... et me voilà maintenant à l'aéroport de Zürich...

 

Vous êtes depuis peu sur cette plateforme. Etes-vous le seul à évoluer dans ce domaine de l'aumônerie?

Non, nous sommes une équipe de quatre aumôniers représentant trois confessions religieuses différentes.

 

Votre passé personnel et professionnel vous aide-t-il dans votre ministère actuel ? Est-ce un plus pour vous ? Et pensez-vous que la multiplicité de vos activités antérieures soit un avantage dans vos contacts avec les gens que vous rencontrez ?

Bien sûr ! Cela m'aide beaucoup. Cela me permet sans doute de mieux comprendre, et peut-être plus vite que d'autres, les personnes qui évoluent à l'aéroport quelles qu'elles soient, le personnel d'accueil, les ambulanciers, les policiers, les douaniers, les passagers, les restaurateurs...

 

Les restaurateurs ?

Oui. (devant mon air étonné, il se met à sourire) Il faut dire que, lorsque j'étais jeune, pour payer mes études j'ai exercé toutes sortes de petits boulots, et notamment dans la restauration. C'est très fatigant, la restauration. C'est très contraignant ! Il faut être sur le pont tout le temps, faire de longues heures en restant souriant même si on est fatigué. De plus, il n'y a pas toujours assez de reconnaissance des efforts fournis de la part des clients qui sont souvent très exigeants. Toutefois, cela permet de renforcer sa propre résistance psychologique vis-à-vis des difficultés que l'on peut rencontrer au quotidien.

 

Et les policiers? Pensez-vous pouvoir comprendre ce qu'ils vivent ? La police est très présente sur une plateforme...

Certainement. J'ai été psychologue de la police pendant des années, ce qui est un atout vis-à-vis de cette catégorie de personnel. Il m'est ainsi possible de concevoir ce qu'ils ressentent. Et, par expérience, je sais pertinemment que derrière la façade impassible des policiers, il y a une grande sensibilité qui n'a pas toujours l'occasion de s'exprimer... et parfois beaucoup de souffrance face à ce qu'ils ont à vivre au quotidien. Pour moi, il est essentiel qu'ils puissent avoir quelqu'un de confiance devant qui ils n'aient pas peur de se montrer fragiles, et même éventuellement pleurer pour évacuer le poids de souffrances accumulées.

 

Avant de sortir d'un aéroport international, on passe devant des douaniers. Leur travail vous est-il lui aussi familier ?

Ce domaine ne m'est pas non plus inconnu. Il faut dire que j'ai été assistant scientifique à l'Office fédéral de la santé publique suisse, et ai donc eu à m'occuper de toutes sortes d'addictions, légales ou illégales, en plus du trafic et de la vente de drogues illégales.

 

Et les pilotes ? Est-ce que vous avez une approche particulière à leur égard ?

J'ai aussi fait des études de pilotage, et ai volé sur trois types d'avions différents. Je connais donc aussi plutôt bien leur milieu.

 

Je crois avoir compris que vous êtes fils de réfugiés prussiens. Vous avez dû passer par des moments difficiles dans votre enfance. Cette expérience constitue-t-elle un plus dans votre ministère ?

Oui, bien entendu. Nous avons, à l'aéroport de Zürich, un centre pour les demandeurs d'asile. Grâce à mon badge, je peux y accéder sans problème, et j'y vais à chaque fois que je suis sur la plateforme. Je peux ainsi me rendre disponible aussi bien pour les personnes en attente d'une décision sur leur sort que pour leurs encadrants de tous bords. Comme je suis moi-même enfant de réfugiés de guerre, je suis assez au fait des problèmes rencontrés par certains requérants d’asile.

 

Qu'en est-il des passagers ? En rencontrez-vous beaucoup au quotidien?

En tout et pour tout, il y a plus de cent hommes ou femmes qui passent par la chapelle de l'aéroport chaque jour, ce qui n'est pas négligeable. De plus, on peut voir une vingtaine de personnes s'arrêter au bureau de l'aumônerie pour poser des questions. A cela s'ajoutent tous ceux que nous rencontrons lors de nos rondes dans l'aéroport... ce qui nous fait beaucoup de contacts au bout du compte...


Si je comprends bien, vous faites des permanences à l'aumônerie. Avez-vous des moments de prière et/ou des services religieux ?

Bien sûr! Le mercredi, à midi, nous avons une prière œcuménique, et une fois par mois un service religieux. De plus, nous offrons des moments de prière à des groupes spécifiques. Ce peuvent être des requérants d’asile, des groupes scolaires, des ouvriers, des ouvrières...

 

Parmi les personnes qui participent à ces moments spirituels, y a-t-il une majorité de passagers ou s'agit-il essentiellement de membres du personnel aéroportuaire ?

Il s'agit, pour environ 60% d'entre eux, d'employé(es) de l’aéroport, de vendeurs des boutiques, etc.

 

Disposez-vous d'un lieu de prière interreligieux ou de plusieurs salles de prière ?

Nous disposons effectivement de deux lieux de prière: il y a une chapelle près de la zone d'enregistrement n°1 et une deuxième dans la zone de transfert.

 

Comment vivez-vous ce ministère d'aumônerie ? Et qu'aimeriez-vous que les lecteurs de ces lignes en retiennent ?

Une aumônerie de ce style permet d’être en contact extrême avec tout ce que la vie quotidienne nous offre, avec tous les enjeux spirituel, social, et matériel que comporte la réalité de notre vie au centre de l’Europe. Je pense qu'ici, nous sommes vraiment « au cœur du peuple ». Pour moi, c'est là qu'est la vraie prédication de l'Evangile.

 

Propos recueillis par la pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 08:49

DSCN2772.JPGC'est la fin d'une longue journée de célébration de la nativité.

En ce dimanche 25 décembre, délaissant le culte de leur église habituelle, un trio de musiciens de l'Armée du Salut a passé tout sa matinée à parcourir le terminal 2 en jouant allègrement des cantiques de Noël. L'après-midi, de courtes célébrations religieuses se sont tenues dans chaque centre spirituel de l'aéroport.

Au terminal 2F, le culte de Noël vient de se terminer. Dans la minuscule chapelle décorée d'étoiles scintillantes règne un joyeux vacarme. Agents d'entretien, vendeur en boutique sous douane, SDF, visiteurs extérieurs à l'aéroport s'embrassent, les yeux brillants de larmes, tout en se souhaitant un joyeux Noël. On s'échange des chocolats, des marque-pages confectionnés à la main par les enfants d'une église de banlieue parisienne, des sachets de lavande faits maison…

Les participants à ce culte viennent de toutes sortes de milieux et ont des origines religieuses on ne peut plus diverses. Mais à cet instant, ils ont le sentiment de former une même communauté, de faire vraiment partie de la famille de Dieu.

Z. s'attarde un peu pour bavarder: il a pris un peu plus d'une demi-heure de pause en prévision de ce moment de fête. C., elle, est repartie très vite. C'est la plus fidèle de nos cultes. Mais sa pause est terminée, et elle ne veut pas risquer d'être sanctionnée pour quelques minutes de trop qui gâcheraient sa joie d'être venue. Elle est la seule qui ne soit pas rattachée à une église locale. Ses horaires de travail ne le lui permettent pas. Alors, j'ai décalé les horaires de notre culte bimensuel afin de les faire cadrer avec son emploi du temps.

Une jeune femme longue et mince au visage marqué et creusé par la souffrance restée debout pendant presque tout le temps du culte vient m'embrasser avec effusion. C'est une des "sans domicile fixe" de l'aéroport. Touchée par l'ambiance bon enfant de cette célébration, elle veut prolonger à sa manière ce moment qui lui a fait du bien. Elle laisse discrètement derrière elle dans le fond de la chapelle une toute petite obole et un sachet de chocolats. J'ai le cœur serré en voyant le geste de cette femme qui a touché le fond de la misère et vit d'expédients. Ma première réaction est de courir lui rendre son offrande, proportionnellement démesurée pour elle… Mais elle a l'air tellement heureuse d'avoir pu donner un petit quelque chose, elle qui n'a rien et qui d'ordinaire quémande et reçoit !DSCF3574.JPG

Voyant une pauvre veuve qui avait mis dans le tronc du temple deux petites pièces, Jésus dit à ses disciples: "Tous ont mis en prenant sur leur superflu; mais elle, elle a pris sur sa misère pour mettre tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre." (Marc 12: 41-44)

 

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

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