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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 13:49

Une des caractéristiques du terminal 2A, c'est qu'il accueille une extrême variété de compagnies aériennes et DSCN2751.JPGde services on ne peut plus disparates. Se succèdent American Airlines, Emirates, El Al, le Salon d'Honneur, et, au sous-sol, le local d'accueil des SDF de l'Association Emmaüs.

 

Mardi 20 décembre, alors que les chrétiens sont en pleine période de l'avent et préparent activement Noël, pour les israélites, c'est le premier jour de la célébration de la Hanukkah: la fête de la lumière. Et comme cela se fait en différents lieux, un allumage public est prévu à l'aéroport tout à côté des guichets d'enregistrement de la compagnie aérienne israélienne El Al. Le rabbin Haim Korsia, un de mes collègues aumôniers, m'a prévenu de cet événement important de la foi israélite. Alors, comme l'année dernière, j'ai prévu d'y participer en tant que spectatrice.

DSCN2753.JPGEn attendant l'arrivée du rabbin, qui doit constituer le point fort de la célébration, des jeunes-gens vêtus de noir de la tête aux pieds offrent des beignets aux voyageurs qui passent, et leur proposent de prier avec eux avant d'allumer une des bougies du présentoir :  « Même si vous l'avez déjà fait à la maison, vous pouvez participer à cet allumage public » leur disent-ils avec une insistance amicale, leur tendant le texte liturgique adéquat, au cas où ils ne le connaîtraient pas déjà par cœur. Il est clair que c'est jour de joie pour eux. Tout à coup, comme sur une impulsion subite, quelques-uns de ces jeunes-gens se lèvent, et, formant une ronde, se mettent à danser en chantant une mélopée entraînante tandis que l'assistance scande le rythme en frappant des mains. Des enfants s'arrêtent, bouche-bée et les yeux tout grand écarquillés, les regardent évoluer.

Enfin le rabbin arrive. C'est un petit homme jeune et souriant, vif et sociable, qui sait s'attirer la sympathie de tous. Visiblement charismatique, il prend son temps, passe de groupe en groupe, se prêtant de bonne grâce à toute demande de photo, serre les mains qui se tendent vers lui, trouvant un mot gentil à adresser à chacun, et donnant l'impression à tous ses interlocuteurs sans exception aucune qu'il cherche à les mettre en valeur devant les autres.

Appelée par une passagère en détresse à l'autre bout de l'aéroport, je ne pourrai rester jusqu'à la fin de la cérémonie, mais en garderai le souvenir d'un moment fort pour tous les participants, israélites ou « goyim » (non-israélites) y compris.

 

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l'aéroport de Roissy-Charles de GaulleDSCN2755.JPG

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 11:50

DSCN2729.JPGNous sommes le samedi 17 décembre. Les agents de sûreté de l'aéroport entament un nouveau jour de grève. Ils sont à bout, usés par un travail ingrat et mal rémunéré, fatigués de se voir vilipender quand ils ne font qu'obtempérer aux consignes qui leur sont données.

Le terminal 2E est en pleine ébullition, et dans le brouhaha ambiant, je croise la directrice du terminal qui vient sur le terrain se rendre compte de l'état des lieux. Elle est sur le pont depuis le début de la grève, et, avec ses équipes, tente de parer au mieux à la situation afin qu'aucun vol ne soit supprimé. Avec un sourire embarrassé, elle m'avertit que la chorale de Gospel que j'ai fait venir dans le cadre des activités de l'aumônerie protestante de l'aéroport risque de se voir empêchée d'intervenir, ou en tous cas interrompue, par une manifestation prévue au même endroit.

Quelques policiers munis de leurs boucliers transparents défilent, et vont s'installer sans bruit un peu plus loin. De nombreux passagers se pressent dans les files d'attente, d'autres déambulent au hasard en attendant l'heure de leur départ, leur vol ayant été considérablement retardé par la grève. Ils passent et repassent devant moi, s'interrogeant visiblement sur les préparatifs en cours: comment se fait-il que soit installée une sono en plein milieu du terminal, et qu'un groupe commence à prendre place devant des micros?

Comme par hasard, la borne d'alimentation électrique est en panne. L'électricien de service s'arrache les cheveux. Il l'avait vérifiée deux heures auparavant, et tout était en ordre. C'est alors la course pour trouver une autre source électrique en état de marche. Finalement, une longue rallonge fera l'affaire, et permettra un branchement de fortune cinquante mètres plus loin. Et au milieu de toute cette agitation, des curieux s'arrêtent, attendant de voir ce qui va se passer.

Le chef de choeur lève alors les mains et commence à battre la mesure. Lorsque les premières notes chantées par les choristes s'égrènent, un grand silence se fait soudain. Le brouhaha de l'aéroport s'est tu. Et au fur et à mesure que les chants se succèdent, tantôt rythmés, tantôt doux et lents, une foule attentive se masse aux alentours. Les policiers ont disparu, appelés sans doute par la manifestation qui se tiendra en un autre lieu. DSCN2738.JPG

Les larmes aux yeux, une passagère vient me remercier. D'autres sont visiblement très émus. Un agent d'accueil de l'aéroport me fait part de son émotion: "L'aéroport est en fête aujourd'hui!" me dit-il. "Merci de nous apporter ces quelques airs de Noël qui nous réchauffent le cœur et nous redonnent du courage…"

 

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle

 

(pour information: DVD de Georges Seba et le Chœur Gospel de Paris, "Live in Caribbean", World Gospel Music, produit par Sytek Skyprod et Dissonance)

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 10:16

http://thomas.petit.gr.free.fr/Images/tableaux/sainte-victoire2_web.jpg« Moi Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous annoncer tout cela dans les Eglises.
Je suis le descendant de la famille de David,
je suis l’étoile brillante du matin »

 

Apocalypse 22. 16


Au pied de la Sainte-Victoire, il est un petit village provençal. Monsieur le curé n’a que quelques pas à faire pour aller du presbytère à l’église et de l’église au presbytère. Mais que diable va-t-il faire entre le presbytère et on ne sait où, peut-être au diable vauvert ! chaque année, quand la messe de minuit est terminée ? Depuis douze ans, la question revient. Et depuis douze Noëls, elle fait glousser les bonnes gens. Personne, évidemment, n’a osé lui poser la question. Mais les clins d’œil et les commérages vont bon train. Un bon train d’enfer ! Monsieur le Curé, après la messe de minuit, qui sait ? il va rejoindre sa belle. Ou son beau. Ou un club innommable. C’est chaque fois le même scénario : monsieur le curé dont la bonne humeur n’échappe à personne, mène avec entrain sa messe. Puis il gagne son presbytère précipitamment. Et quelques minutes après, sa R4 asthmatique traverse le village. Et ça dure depuis douze ans. Faudrait peut-être avertir l’évêque. Une lettre anonyme, et le tour serait joué. Pour le plus grand bien des braves âmes, de la bonne morale, de la sainte Eglise et du curé lui-même. Parce qu’on pense à son salut ; en tout bien tout honneur. Mais comme personne ne s’y risque, Antoine s’est porté volontaire. Pas pour tenir un stylo, non. Il en est bien incapable. Antoine prendra en filature la R4 toussotante de monsieur le curé. Puis il reviendra faire son rapport. Prendre monsieur le curé en flagrant délit de mauvaise vie…

Marché conclu. En cette année mémorable, monsieur le curé a conduit la messe du pastrage avec célérité. Les bergers sont entrés dans l’église portant agnelet sur leurs épaules, précédés par un âne, au son des fifres et des tambourinaires. Après la sainte messe, le curé a serré quelques mains, esquissé quelques sourires. Et dix minutes après, la R4 fiévreuse a descendu la rue principale, suivie à roues feutrées par la Fiat 500 de l’Antoine.

Les braves paroissiens en oublient la ferveur de la sainte nativité, les treize desserts et la bûche qui attend d’être allumée, et les enfants qu’on envoie au lit ! Ils oublient même de parler. C’est dire ! Eh bien l’Antoine est revenu deux heures après. Dès que sa Fiat 500 s’immobilise devant l’église, une trentaine de gens accourent. Alors ? Alors monsieur le curé a engagé sa voiture dans le sentier qui grimpe tout droit vers la crête de la Sainte-Victoire. Boudiou, c’est pas possible ! C’est à la bergerie qu’il se rend. Répète-nous ça ! s’affolent trente gosiers. Chez le gitan ! s’étrangle l’Antoine. Silence consterné : celui-là, on l’a pas vu au pastrage ! Le berger est un gitan égaré à la réputation sulfureuse. Tenez, voilà ce qu’on m’a raconté de source sûre… Et les langues vont mauvais train, en cette nuit de Noël, autour de la Fiat 500 de l’Antoine, dans ce petit village provençal. Mais faut pas perdre du temps. Ils s’entassent dans une dizaine de voitures et filent vers la colline. Ils se garent près de la R4 de monsieur le curé. Et hommes et femmes, lampe de poche à la main, manteau sur les épaules, s’engagent sur les cailloux. Dans le plus grand silence, on grimpe. Une heure plus tard, on s’arrête, à bonne distance de la bergerie. Les plus courageux s’approchent, lampes éteintes. Ne pas réveiller les chiens ! Sûrs de surprendre le curé et le gitan, seuls ou en galante compagnie !

Mais rien. Personne. Pas de curé, pas de gitan, pas de chien, même pas de mouton. Déçus, les enquêteurs se concertent. Faut monter vers la crête ! A côté du prieuré, je connais une cabane ouverte aux randonneurs. Ils ne peuvent être que là. Allez vaï ! Encore une heure de grimpe. Et avant même d’arriver au prieuré, ils voient les premiers moutons. Et puis sur la crête, deux silhouettes humaines, immobiles. Ils s’approchent. Un chien aboie. Les deux silhouettes se lèvent. Marchent vers eux. Le curé et le berger. Sans un mot, le doigt posé sur les lèvres en signe de silence, ils invitent les arrivants à s’asseoir, près d’eux, sur la crête.

Méfiants, les paroissiens prennent place entre les touffes de thym. D’abord, l’odeur du thym monte à leurs narines, mêlée d’odeurs inconnues. Comme un encens de garrigue. Le silence les surprend. Ces deux silhouettes immobiles, complices d’on ne sait quel forfait les intimident. Indécis, ils détachent leur regard du sol. Un fabuleux spectacle surgit du ciel. Soudainement. En un clin d’œil. Comme si un rideau se levait devant leurs paupières. Des milliers d’étoiles les dominent. Pointes de lumière plantées dans la voûte céleste. D’abord gênés, puis fascinés, ils sont là les villageois, une trentaine de paires d’yeux, sous le charme divin d’un événement de majesté. 

http://www.astronoo.com/images/images_amas/amasEtoilesBoiteABijoux.jpg

 

Et vous me croirez si vous voulez, mais les étoiles scintillent. Comme si l’émotion les inondait d’un bon heur débordant. Elles s’apprêtent à donner de la voix. S’accordent et entonnent à l’unisson l’ineffable et ardente reconnaissance de toute la création. Elles se répondent alors, mille chorales à mille voix. Développent leurs harmoniques, tendent leurs accords vers les créatures. Ce sont les voix des astres et les voies lactées dispersées aux marges des galaxies. Ce sont les chants des enfants d’Abraham, aussi nombreux que les étoiles du firmament qui se joignent au chœur des anges. Et tous, étoiles, planètes, enfants d’Adam et Eve et anges de lumière, reprennent leur louange éperdue de tendresse. Et cette poignée de gens perchés sur la Sainte-Victoire se sent emportée par l’élan irrésistible et joyeux de la danse cosmique. Ils se mettent à danser, au son des fifres et des tambourinaires, la farandole des choses et des êtres, des animaux et des humains, des forces du bien et du mal, des vivants et des morts, devant le trône de Dieu. Ils racontent l’histoire des temps lointains où main dans la main ils dansaient à travers l’espace et le temps, heureux de vivre devant le Créateur. Ils racontent l’histoire où la chaîne des anges et des humains s’est rompue. Ils racontent l’histoire pas si lointaine où des savants venus d’Asie, d’Arabie et d’Afrique se sont laissés guider par l’étoile jusqu’à Bethléem. Ils racontent l’histoire du temps qui vient où l’étoile du matin, brillante entre les plus brillantes, reprendra la tête du ballet des gens et des choses réconciliés. Le ciel reprend son visage impénétrable et s’immobilise. Seules les bouffées d’encens du thym et du romarin montent de la terre. Les villageois regardent les silhouettes complices du curé et du berger. Les silhouettes se lèvent et les villageois font de même. Le berger dresse ses deux bras vers le firmament en signe de bienvenue. Car elle vient…

Elle vient comme une bonne nouvelle, brillante entre les plus brillantes, l’étoile du matin, l’étoile du berger. Elle étincelle de joie. Elle scintille, paisible et émue ; elle sourit aux êtres et aux choses et à ce petit peuple debout sur la crête de la Sainte-Victoire. Elle leur parle avec douceur, avec chaleur : « Moi Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous annoncer tout cela dans les Eglises. Je suis le descendant de la famille de David, je suis l’étoile brillante du matin. » Et le berger s’écrie : « L’Esprit et l’Epouse disent : Viens ! ». Et le curé reprend : « Que celui qui entend cela dise aussi : Viens ! ». Et il ajoute : « Que celui qui a soif vienne, que celui qui veut de l’eau de la vie la reçoive gratuitement. »

Et tous s’assoient. Ils gardent longtemps le silence. Les yeux fixés sur l’étoile du berger qui entraîne dans sa ronde le cortège céleste. Lentement le cortège s’efface. Il laisse place aux premières lueurs de l’aube. Et tel un prisonnier libéré, le soleil jaillit de sa nuit, apporte chaleur et lumière à la terre et aux hommes. Mais longtemps encore l’étoile s’attarde dans les replis lointains des arrières cieux. Comme une promesse, comme une présence : « Tant que les étoiles et le soleil vous entoureront, mon amour vous guidera ».

Ils s’en sont allés, chacun de leur côté. Les moutons et les chiens sur les pas du berger gitan. Les paroissiens sur les pas du curé. Sans mot dire. Sans maux dire. La honte effacée. Le mal vaincu. La joie naissante, intacte comme un enfant nouveau-né dans le fond d’une étable. Ils emportent, plantée dans leur cœur, une étoile qui les guide désormais. Ils s’en sont retournés dans leur petite église, pour la messe de ce jour de Noël, dans ce petit village provençal au pied de la Sainte-Victoire. Et puisque la veille, les enfants ont été privés de la bénédiction que l’aïeul de chaque famille prononce en allumant la bûche dans l’âtre, c’est Monsieur le curé qui l’a dite :
« Alegre, Alegre, Diou nous alegre, cachofué ven, tout ben ven, Diou nous fague la graci di veïre l’an que ven. Se sian pas mai que siguen pas men ».


Ici je vous dois quelques explications.
Dans un de ses livres, Grégoire de Nysse exprime avec force l’hommage que le cosmos élève au Créateur. Il évoque la danse des choses et des êtres conduite par le Fils de Dieu, danse qui a été rompue par le péché. Elle reprendra, dit Grégoire, sous la conduite du Christ. Car sa venue sur terre a des conséquences cosmiques. Vous ne croyez pas Grégoire ? Montez donc sur la crête de la Sainte-Victoire, un soir de Noël et levez les yeux !

« L’étoile du matin », expression par laquelle Jésus se désigne dans l’Apocalypse, est un astre chargé de significations religieuses dans les cultures païennes environnantes. Il s’agit de « l’étoile du berger », 140 fois plus brillante que la plus brillante étoile. C’est la Vénus des Romains, l’Aphrodite des Grecs, l’Ishtar des Babyloniens, déesse de l’amour et de la beauté bien que ce soit un enfer : 450°, une atmosphère de gaz carbonique et de nuages d’acide sulfurique ! Mais sans doute ignorait-on tout cela dans l’Antiquité… Pour les Indiens des plaines d’Amérique, elle est dotée de pouvoirs guerriers en s’associant au Soleil, son frère, pour triompher de la puissance adverse de la Lune. Les habitants du Groenland croyaient qu’elle surveillait de près le comportement des hommes. L’astre brillant du matin d’Esaïe 14.12 s’appelle Lucifer, « porte lumière ». Il incarne le roi de Babylone qui prétend s’élever jusqu’au ciel.

La « brillante étoile du matin que fait lever l’amour divin, pure et sainte lumière » du cantique conduit les rois mages. Elle est l’emblème de l’hommage que la nature, le cosmos et l’ensemble de l’humanité païenne rendent au créateur qui vient à nous, qui vient pour nous, Emmanuel. Ah, j’oubliais ! Voici la traduction de la bénédiction : « Soyons joyeux, Dieu nous garde joyeux. Noël vient, tout bien vient, Dieu nous fasse la grâce de voir l’an qui vient. Si nous ne sommes pas plus, que ne soyons pas moins. ».

 

* Richard Gossin est conteur et Maître de Conférence à la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg.

Petite bibliographie

- Ecoute, c'est Noël, Les Bergers et les Mages, 1995
- Pour conter la Bible, Edisud, 2002.

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 21:23

Vous passez par Roissy le 17 décembre prochain? N'hésitez pas à vous arrêter quelques instants pour apprécier les chorales de Noël:

A 10h: chorale au T1

A 14h30: chorale Gospel au T2E

A 16h: chorale Gospel au T2D

 

Cultes de Noël    

Le 25 décembre au matin à partir de 10h: Musique instrumentale de Noël par un groupe de musiciens de l'Armée du Salut se déplaçant sur tout le terminal 2.    

L'après-midi, cultes de Noël à 15h30 au T2B, et à 17h aux T1 et T2F.

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 09:10

 

L’ange Gabriel se pose sur la maison de Joseph. Comme une touffe de duvet. Et il écoute. Dans son atelier de charpentier, Joseph s’acharne à grands coups de marteau contre une planche de bois. L’odeur du bois martyrisé monte aux narines de l’ange. Mais Gabriel sait que c’est Joseph qui a mal. « Marie, pourquoi m’as-tu fait cela ? ». C’est le cri de l’amoureux trompé. Gabriel se laisse glisser dans la boutique et s’assoit sur un tabouret. « Joseph, si ta femme est enceinte… » Mais à quoi bon ? Joseph n’écoute pas. Cœur déchiré n’a pas d’oreille.

Gabriel laisse le temps s’écouler et la pénombre envahir l’atelier. Le charpentier capitule enfin. Il fracasse son poing crispé dans sa paume ouverte : « Marie. Pourquoi m’as-tu fait cela ? ». Il sort, Joseph. Fait le tour du village. Et marche aujourd’hui, et marche demain, c’est en marchant qu’on fait son chemin. L’ange l’accompagne. Et lui parle. Mais à quoi bon ? Joseph n’écoute pas. Rentre chez lui. S’allonge sur sa paillasse. Et sombre dans un sommeil sans étoile. C’est le moment qu’affectionnent les anges. Ils dessinent des rêves sur la paroi de votre cerveau, animent des images derrière vos yeux clos, font chanter des mots dans vos oreilles. Ils vous regardent enfin sortir de votre oreiller. Et vous écoutent maugréer « Mensonge. Songe ment ».

Gabriel le sait bien. Il a essayé de parler au roi Hérode. Une nuit d’étoile, il lui a dit : « Ne crains rien de l’enfant qui va naître. Ce sera un roi. Mais un roi de paix. Hérode, accueille-le. Il te sauvera et sauvera ton peuple ». Mais non, « Mensonge. Songe ment » ; Hérode n’a pas écouté. Ventre affamé de pouvoir n’a pas d’oreille.

Joseph ne dit rien, lui. Il se lève. Se lave. S’habille de neuf. Mange un bout de fromage. Prend son baluchon et son âne. Et part. L’ange le suit. Chemin faisant, il allége les pas et le cœur du charpentier et ne cesse de lui répéter : « Ne crains pas, Joseph. Ne crains pas… ». Arrivés à la maison de Marie, ils frappent tous deux à la porte. Marie se réfugie dans les bras de Joseph. Ils se racontent des histoires. Des histoires d’ange. Marie assure qu’un ange est apparu. En vrai ! Et c’est vrai, se souvient Gabriel. « Tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. » Pas facile à convaincre, Marie ! « Comment cela se ferait-il ? ». Et le vieux Zacharie ? Le père de Jean-Baptiste, lui, il a résisté bien plus longtemps. Un fils ? A mon âge ? Gabriel les comprend. Pas simple d’annoncer aux humains des nouvelles pas possibles. Annoncer une naissance d’abord à un vieillard et ensuite à une toute jeune fille… il faut être un artiste de la confiance. Joseph, lui, c’est pas pareil. Il n’attendait qu’à sortir de sa nuit sans étoile. Joseph. Marie. Ils s’aiment, ces deux-là. Et il pense, l’ange Gabriel, à ses compagnons qui, là-haut, dansent devant le trône céleste.

Il est long, le voyage de Nazareth à Bethléem. Et marche aujourd’hui, et marche demain, c’est en marchant qu’on fait son chemin. Gabriel s’entretient tour à tour avec l’âne que Joseph tire d’un pas sûr et avec la petite vie qui chantonne sous la robe de Marie. La suite, vous la connaissez ; d’autres vous l’ont racontée. Jésus, l’enfant de Marie, a poussé son premier cri. Quand l’enfant quitte la nuit maternelle, il crie à tue-tête pour révéler les secrets appris dans le ventre de sa mère. Alors l’ange applique son index sur les lèvres du nourrisson : « Chut ! Oublie tout cela. A toi de redécouvrir à présent les mystères de la vie !» Vérifiez dans un miroir : le doigt de l’ange laisse un léger sillon entre la bouche et le nez. C’est ce qu’a fait Gabriel à Jésus. Mais très très légèrement… en trichant un peu. Quant aux bergers, eux, il a fallu sortir le grand jeu. Les anges des cieux ont sorti leurs instruments et leurs plus belles voix. Ils les ont réveillés : « Jésus est né ! ». Et les bergers ont quitté les collines pour le village de Bethléem. Et marche aujourd’hui, et marche demain, c’est en marchant qu’on fait son chemin.

Quant aux mages… il a fallu patienter ! Le langage des anges et des étoiles leur est familier. Mais saisir les rares moments où ils interrompent leurs consultations nocturnes pour s’endormir n’est pas à la portée de n’importe quel ange. C’est pour cette raison que Dieu a envoyé le meilleur de ses sept anges qui se tiennent devant sa face. Les mages ont confronté leurs rêves et ont conclu : « Ne retournons pas vers le roi Hérode. Rentrons directement chez nous ». Et c’est ce qu’il ont fait. Et marche aujourd’hui, et marche demain, c’est en marchant qu’on fait son chemin.

Quant à Joseph, tout à son bonheur de père adoptif, il ne rêve que d’une petite maison pour blottir, à Bethléem, sa petite famille. Pas une étable, non. Une vraie chaumière. Il faut se glisser une fois de plus dans son sommeil pour l’en dissuader. Gabriel lui noircit ses chimères, lui peint la folie cruelle d’Hérode en couleurs du sang, fait résonner les cris de la soldatesque. Joseph émerge brusquement de son cauchemar comme on échappe à la noyade. Et tous les cinq partent vers l’Egypte : Marie, Joseph, l’enfant, l’âne et l’ange. Et marche aujourd’hui, et marche demain, c’est en marchant qu’on fait son chemin.

Jusqu’au jour où Hérode meurt. La nuit venue, l’ange se faufile dans les rêves calcinés de Joseph. Il repeint en blanc l’échoppe du charpentier. Cela suffit pour que la petite famille rentre au pays. Mais les hommes sont plus têtus que les ânes. Joseph veut s’installer à Bethléem. L’ange visite une dernière fois sa nuit. Il lui montre Nazareth, son atelier abandonné, ses planches qui craquellent sous la poussière, ses outils qui rouillent. Joseph écoute le visiteur de ses nuits. Et ils remettent encore une fois leurs sandales et leurs sabots sur la route. Et marche aujourd’hui, et marche demain, c’est en marchant qu’on fait son chemin. Gabriel les accompagne à Nazareth. Les embrasse. Se perche sur leur maison. Ecoute le père apprivoiser le bois, la mère chantonner au puits et l’enfant babiller avec l’âne. Laissons-les vivre leur bonheur, se dit-il enfin. On verra plus tard.

Gabriel se posa devant le trône céleste. Comme une touffe de duvet.

 

 

* Richard Gossin est conteur et Maître de Conférence à la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg.

Petite bibliographie

 

- Ecoute, c'est Noël, Les Bergers et les Mages, 1995

- Pour conter la Bible, Edisud, 2002.

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 10:34

http://bp0.blogger.com/_VfiW5TcrOmo/R2ueV99Q3wI/AAAAAAAAAX0/XN71X330jII/s400/H%C3%A9rode+2.jpgCurius, le fils du roi Hérode, passe sa vie dans le somptueux palais du souverain. Il profite de l'agitation créée par l'arrivée des mages, pour se glisser hors de sa prison dorée. De bien étranges rencontres l'attendent alors...qui finissent par le conduire vers le Christ.

Narrateur : Vers l'an zéro, vivait en Palestine un riche roi du nom d' Hérode. Il avait son palais à Jérusalem, qui éblouissait tous les visiteurs, tant il était magnifiquement paré d'or et d'argent. Mais les habitants de Jérusalem ne connaissaient guère les habitants du palais, hormis leur roi, qui chaque année s'adressait à la foule après avoir traversé la ville escorté d'une imposante armée et de musiciens qui jouaient des tambours et trompettes.

Au sein du palais la vie était luxurieuse, chaque repas était un repas de fête avec de la nourriture à volonté. Tout le monde était habillé richement de vêtements soyeux. Les chambres étaient vastes et richement décorées.

Hérode avait deux fils dont le cadet se nommait Curius. Curius portait bien son nom : il avait l'esprit éveillé, s'intéressait à tout. Mais la vie du palais ne lui offrait guère de distraction. Il connaissait en effet tous les recoins du palais, de la cave au grenier, connaissait tous les mets que l'on apprêtait, avait passé des heures à admirer les somptueux tableaux qui décoraient la salle d'apparat et les longues parties de dames qu'il faisait avec l'une de ses servantes finissaient par le lasser. En somme, la vie au palais lui paraissait ennuyeuse.

Un jour alors que Curius s'était égaré dans la salle d'audience, il entendit au loin les pas des gardes qui longeaient le long couloir qui conduisait vers la salle. Curius choisit de se cacher derrière un grand rideau de couleur pourpre.


Scène 1 : Dans le palais

Le ministre du roi : Gardes que l'on ouvre la porte ....
Le roi : Pourquoi, cette audience à une heure aussi matinale ?
Le ministre du roi : Sir, il vint à arriver trois mages de Babylonie, qui ont demandé audience.
Nous les avons dissuadé de vous déranger, ils ont insisté, vu la gravité de leur visite.
Le roi : Bon, faites-les entrer, et que l'on en finisse.
Le ministre du roi : Gardes que l'on fasse entrer les mages.
Les mages : Grâce et honneur te sois rendu, ô grand Roi de Palestine.
Le roi : J'espère que ce dérangement est motivé par une raison sérieuse.
Mage 1: Votre majesté, nous avons suivi une étoile d'Orient qui annonce la naissance d'un roi.
Le roi : Que me chantez-vous là.
Mage 2 : Nous observons depuis des décennies les astres du ciel. L'étoile apparue dans le ciel, nous a conduit jusqu'à vous.
Le roi : Bon, bon .... Appelez-moi, les sages que l'on en finisse avec ces balivernes.
Le ministre du roi : Garde faites appeler les sages.

Musique ...

Le ministre du roi : Sir voici les sages.
Les sages : Sir nous avons entendu votre requête et avons consulté le Saint Livre.
Le roi : Venons-en au fait ...
Les sages : Selon les Saintes Ecritures un Roi devrait naître à Bethléem dans la ville de David.
Le roi : Comment à Bethléem ? Le palais est à Jérusalem, comment un roi pourrait-il naître hors du palais ? Messieurs les mages, allez à Bethléem visiter ce roi, et revenez m'en informer afin que je puisse à mon tour l'adorer.

Narrateur : Curius avait tout entendu, pas un seul mot ne lui avait échappé et il n'avait qu'une envie, celle de suivre les mages afin de découvrir cet enfant roi. Il se glissa doucement vers une porte dérobée, longea le long couloir afin de se joindre discrètement aux mages et à leurs serviteurs qui allaient bientôt franchir la porte du palais.

http://www.sedifop.com/IMG/jpg/ftxk1t37.jpg

Scène 2: La rencontre avec le vieil homme

Narrateur : Curius, n'était jamais sorti de ce vaste palais, et il fut étonné par la taille de la ville, les nombreuses rues et les champs et des prés si vastes qu'il n'aurait pu l'imaginer. En marchant, il croisa un vieil homme assis au bord de la route en train de se reposer. Il fut très intrigué et s’approcha de lui.

Curius : Monsieur.
Vieil homme : Oui mon enfant.
Curius : Monsieur, pourrais-je connaître le pays d’où vous venez ?
Vieil homme : (avec un sourire) Mais je suis d’ici. Pourquoi cette étrange question ?
Curius : Car vous ressemblez à un olivier.
Vieil homme : (intrigué) A un olivier ? Je n’ai pas de branches à ce que je sache, ni de feuilles, ni d’olives, mon enfant.
Curius : Non, mais votre visage a l’aspect d’un tronc d’arbre.
Vieil homme : Ah ce sont les rides, mon enfant. Je ne suis plus très jeune tu sais, et bientôt j’irai trouver mon Seigneur.
Curius : Vous allez au palais du roi ?
Vieil homme : Non, j’irai auprès du Roi des Rois, le Seigneur notre Dieu, qui m’a donné la vie et auprès duquel je vivrai pour l’éternité.

Narrateur : Etonné, Curius s’éloigna du vieil homme.

Musique

http://www.dinosoria.com/religion/noel-7.jpg

Scène 3 : Rencontre avec la mendiante

Narrateur : Curius n’avait fait que quelques pas quand il rencontra une mendiante assise avec son bébé.

Mendiante : Un peu de pain, un peu d’eau pour mon bébé et moi. Pitié ne nous laissez pas mourir de faim.
Curius : Madame, que faites-vous là ? Pourquoi ne demandez-vous pas à votre servante qu’elle vous prépare la table ?
Mendiante : De quoi me parles-tu mon enfant ? Je suis pauvre et je n’ai rien.
Curius : Pauvre, que veut dire ce mot ?
Mendiante : Vu tes habits, on pourrait croire que tu t’es échappé d’un palais.
Curius : Cela voudrait-il dire que vous ne mangez que ce que les gens vous donnent ?
Mendiante : Oui, je n'ai rien d'autre.
Curius : Je n'ai que ce morceau de pain, mais si vous voulez, je vous donne cette chaîne en or que je porte depuis que je suis né.

Narrateur : Curius offrit sa chaîne qui depuis longtemps l'embarrassait. La femme était tellement surprise qu'elle ne trouva mots pour le remercier.

Musique ....

http://www.secret-realite.net/modules/linkup/img/majinnoel1.jpg

Scène 4: Rencontre avec le lépreux

Narrateur : La troisième rencontre de Curius le troubla davantage, il venait de marcher une demi-heure hors de la ville pour suivre de loin la caravane des mages, lorsqu'arriva par le côté un homme avec une clochette. Tout le monde se mit alors à courir, comme si l'homme était dangereux. Curius au contraire, intrigué s'approcha de l'homme.

Le lépreux : Pourquoi ne fuis-tu pas comme les autres ?
Curius : Je ne sais pas, mais vous n'avez pas l'air méchant.
Le lépreux : Bien sûr que non, je ne suis pas méchant.
Curius : Mais alors pourquoi tout le monde a peur de vous?
Le lépreux : Car je suis malade.
Curius : Malade, moi aussi je suis parfois malade, j'ai souvent le rhume en hiver.
Le lépreux : Oui, mais ma maladie se nomme la lèpre. Regarde, mais surtout ne touche pas, voici mes mains.
Curius : Oh ! Pauvre Monsieur.
Le lépreux : Va, mon enfant, tu es bon, sache que nous les lépreux, nous sommes comme toi, si ce n'est que notre maladie ne partira plus jamais.

Narrateur : Curius continua sa route à distance de la caravane des mages. Il était fort troublé des rencontres qu'il venait de faire. Au palais, on ne lui avait jamais parlé de la vie qui avançait, qu'un jour il faillait quitter ce monde. On ne lui avait jamais dit que certains n'avaient pas de quoi se nourrir. On ne lui avait jamais parlé des maladies qui ne guérissent pas et qui rongent les mains et les pieds. Maintenant, Curius avait vraiment quitté son palais ....

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Scène 5 : A Bethléem

Narrateur : La route était longue et pénible, lui qui n'avait jamais marché hors du palais, qui ne connaissait que des sols de marbre polis. Le soir venu, la caravane s'approcha de Bethléem. Curius la rattrapa rapidement car elle s'arrêtait presque à chaque maison. Personne ne semblait connaître l'existence d'un palais royal. La situation devenait de plus en plus complexe. Après plus d'une heure de recherche, les mages stoppèrent la caravane sur la place du village. Il fallait trouver un lieu pour passer la nuit. Toutes les hôtelleries étaient remplies et le palais royal était inexistant ! Curius avait froid, il n'osait pas s'approcher davantage de la caravane de peur de se faire reconnaître, mais il ne pouvait pas rester dans la rue. Curius était là, perdu. Le palais de son père était trop loin pour y retourner et puis, avait-il vraiment le désir de retourner dans cette prison dorée ? Mais se trouver soudainement seul au milieu de la foule le désespérait, et de chaudes larmes vinrent à remplir son visage. Il sillonnait la ville Bethléem, cherchant un recoin pour s'allonger quand soudain il entendit, des hommes parler de l'enfant nouveau né. C'étaient des bergers qui sortaient d'une petite étable. Doucement Curius se glissa dans ce petit lieu. Là, il se trouva au milieu des animaux, une jeune femme, un jeune homme et un bébé qui pleurait. Curius resta un long temps dans un coin à admirer la scène. Seuls les animaux accompagnaient le bruit du bébé à demi éveillé. Enfin Curius surmonta sa crainte et se manifesta :

Curius : Pardon de vous déranger, est-ce bien le roi qui devait naître.
Marie (étonnée) : Qui t'as parlé de cela ?
Curius : J'ai suivi des mages venus d'Orient.
Josephe : Des mages ?
Curius : Est-ce que vous allez l'enfermer dans un palais ?
Josephe : Nous sommes de simples gens, nous ne vivons que dans une modeste maison.
Curius : Sera-t'il alors un roi qui vivra avec les gens, avec le vieux monsieur, avec la femme qui a faim et avec les malades?
Marie : L'ange nous a dit de le nommer Jeshoua, Jésus, ce qui veut dire le Sauveur. Je ne pense pas qu'un sauveur veuille s'enfermer dans un palais doré.
Curius : Est-ce que je peux rester avec vous ?

Narrateur : Soudain, un bruit se fit entendre. Les trois mages avaient enfin trouvé l'étable et s'agenouillèrent devant l'enfant. Curius, s'était mis à l'écart, il observait la scène qui lui paraissait de plus en plus insolite, mais qui allait définitivement réorienter sa vie. Il savait désormais que sa place n'était plus dans un palais, mais qu'il allait suivre ce roi, qui était né dans la pauvreté, loin du monde protégé dans lequel il avait vécu. Désormais, Curius deviendra un disciple discret qui annoncera la venue d'un nouveau royaume.

Musique

______________________________________________

Chants proposés
- Le père Martin (illustre le récit du cordonnier)

- Invité
Les partitions sont disponibles sur le site de l'auteur .

Un CD audio avec certaines scènes et des plages musicales peut être obtenu auprès de l'auteur. Il permet de produire la saynette même dans les lieux où il y a peu d'enfants à l'école du dimanche.

>>> Le site de l'auteur de la saynette, le pasteur Daniel Priss

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 21:38


Récit de la naissance de Samuel

Comme elle prolongeait sa prière devant le Seigneur, Eli observait sa bouche. Anne parlait en elle-même. Seules ses lèvres remuaient. On n’entendait pas sa voix. Eli la prit pour une femme ivre.
1 Samuel 1.12-13

En ce temps-là, à la fin de l’été, les greniers regorgeaient de blé, les jarres débordaient d’huile et les troupeaux s’étaient agrandis. Les familles étaient heureuses. Alors, tous se rassemblaient sur la place du village pour monter au sanctuaire de Silo. On partait là-haut en pèlerinage, remercier le Seigneur Dieu pour tous ses bienfaits.
Voyez l’effervescence : les petits ânes piétinent d’impatience en soulevant la poussière. Les mères rassemblent leurs enfants dans leurs jupes. Les hommes arriment des fardeaux de farine et d’huile sur le dos des ânes : ce sera leur offrande, là-haut, au sanctuaire.
Et claque le grand fouet, c’est le signal du départ : la caravane s’ébranle. Le bouvier mène le troupeau des taureaux de trois ans pour les sacrifices, et les familles s’égrènent derrière lui tout au long du chemin. Lorsque la caravane atteint les confins des collines d’Éphraïm, les hommes entonnent les chants de montée, aussitôt repris par les voix des femmes et les enfants.
Au village, la poussière retombe, le bruissement des piétinements s’atténue, on n’entend plus que l’écho des chants porté de loin en loin par la brise ondoyant entre les collines.

Au coeur du village de Rama, dans sa maison désertée, une femme est restée seule. Elle soupire d’aise. Elle reprend son fuseau de bois et enroule un beau fil de lin bien fin et bien régulier. Son enfant est là, à ses pieds dans son berceau de joncs.
Quelques instants auparavant, son mari s’est inquiété :
— Mais enfin Anne, tu n’entends pas l’agitation au-dehors ? Tout le monde est prêt, et toi, que fais-tu ? Tu ne te prépares pas pour venir au sanctuaire de Silo ? …
— Non, cette année, je ne viendrai pas. Plus tard, lorsque je pourrai accomplir mon voeu…
— Comme tu voudras, femme, fais comme bon te semblera, a répondu Elkana, son époux, et il est parti avec sa seconde femme, Peninna et les enfants.

Le silence de la maison est doux. Anne sourit à son enfant…
— Si tu savais, mon fils chéri. Moi aussi, année après année, je suis montée en pèlerinage au sanctuaire de Silo…
Anne se souvient de la longue marche de l’année dernière : la poussière, la fatigue, les chants, l’arrivée au sanctuaire, et puis le sacrifice du taureau de trois ans. Lorsque la graisse brûle, la fumée monte tout droit dans le ciel, signe de l’agrément du Seigneur Dieu. Elkana son époux peut alors procéder au partage. Avec son grand couteau, il détache délicatement le filet, la plus belle part. Aussitôt le fils aîné tend sa galette : mais non, la plus belle part n’est pas pour le fils aîné. Alors, Peninna, la seconde femme tend sa galette : mais non, la plus belle part n’est pas pour la seconde femme. Elkana dépose délicatement le morceau dans la galette d’Anne, sa femme bien-aimée, la femme de sa jeunesse.

Aussitôt la voix de Peninna s’élève, remplie de colère :
- Ce n’est pas parce qu’elle a la plus belle part qu’elle est la femme glorieuse !… C’est moi qui suis la femme glorieuse, c’est moi qui ai porté les enfants d’Elkana ! En dix ans de mariage, elle n’a pas réussi à avoir un seul enfant… ! Ses entrailles sont desséchées !

Anne baisse la tête, et deux sillons brillants glissent sur ses joues,
- Pourquoi elle pleure ? dit un enfant.

Elkana entoure de ses bras les épaules d’Anne :
- Pourquoi pleurer, pourquoi te tourmenter ?… Est-ce qu’un mari tendrement aimé ne vaut pas mieux que dix fils ?

Alors Anne se lève, les yeux rouges, échevelée, elle court jusqu’au sanctuaire. Elle passe devant le grand prêtre Eli sans le voir, sans voir l’ourlet défait de sa tunique, ni les poils gris de sa barbe rare.

Elle se précipite à la porte du sanctuaire, et là, se tordant les mains, elle murmure :
— Seigneur, mon coeur est triste à mourir. Je t’en supplie, accorde-moi un fils. Il sera ton servant, ici-même, dans ce sanctuaire, il te sera consacré. Le rasoir ne passera jamais sur sa tête.

Le prêtre Eli, voyant cette folle s’agiter ainsi se met à la chasser en disant :
- Va-t-en ivrogne, va cuver ton vin ailleurs !
- Hélas ! mon Seigneur, je ne suis pas ivre, je ne suis pas ivre de vin, mais de douleur ! Je viens ici même, apporter ma prière au Seigneur Dieu.
- Va ma fille, dit Eli, va, ne te tourmente pas, et que le Seigneur t’accorde ce que tu lui as demandé…

Alors une grande paix descend sur le coeur d’Anne, une grande sérénité. Elle retourne à la table où toute la famille est réunie, et elle peut manger.

Le lendemain, Elkana, Peninna, Anne et les enfants retournent au sanctuaire afin de remercier une fois encore le Seigneur avant de retourner au village de Rama…

Et maintenant tu es là, mon fils bien-aimé, Samuel, donné, accordé par Dieu. Que tu es beau. Tes cils font comme un éventail sur tes joues rebondies.
Je te donnerai tout ce que j’ai de meilleur. Regarde, Samuel, c’est pour toi que je file ce beau fil de lin bien fin et bien régulier. Ensuite, je tisserai pour toi une petite robe.
Lorsque tu seras grand, nous irons ensemble au sanctuaire de Silo, toi, tu marcheras devant. Ton père conduira le taureau de trois ans, pour le sacrifice. Et moi je guiderai le petit âne chargé d’offrandes de farine et d’huile.
Nous irons voir le grand prêtre, et je lui dirai :
- Eli, te souviens-tu de moi… Je suis celle qui était venue apporter sa prière à la porte même du sanctuaire. C’est pour cet enfant que je priais : regarde le Seigneur me l’a accordé.
Je te le confie, il sera consacré au Seigneur, jamais le rasoir ne passera sur sa tête. Tu lui enseigneras la religion de nos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. Ici-même, dans ce sanctuaire, il sera le servant du Seigneur.
Chaque année, je lui confectionnerai une petite robe de lin, plus grande, et je lui apporterai. Et toi, Eli, tu glisseras sur ses épaules l’Ephod, le signe distinctif des servants de l’Éternel. (1) N.L.


(1) Lecture : Premier livre de Samuel, chapitre 1, versets 1 à 28, et chapitre 2, versets 1 à 11 et 18 à 19

 


* Note
Strasbourgeoise d’origine, Noëlle Lassalle raconte la Bible en catéchèse depuis de nombreuses années. Elle travaille depuis presque dix ans avec trois amies : Louise Lagasse, Magui Maurette et Magali Glaenzer au sein de l’association : Parole Contée . A travers leurs récits , elles font toutes les quatre la courte échelle à tous ceux qui voudraient entrer dans le monde de la Bible .

Après une exégèse approfondie, des recherches culturelles et historiques, et un travail d’oralité en commun, elles créent chacune leur conte avec toute leur foi et leur sensibilité… afin d’emporter leur auditoire au pays de la Bible.
Elles animent sur demande des soirées, ou des cultes et organisent des formations .
Marie-Hélène David vit en Alsace, elle est historienne et artiste : graveuse et dessinatrice, elle a été présidente de l’association « l’Estampe du Rhin » .

Le roseau , la pierre et le cristal est le premier ouvrage qu’elles éditent : Editions Olivétan , octobre 2006 17 euros

Association Parole Contée :
72 ave du Docteur Fleming
13500 Martigues
noelle.lassalle@mac.com

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 13:21

a01d4222-e4c4-429f-9458-4758c26e906d-ADPPriereLe 17 décembre 1903, le premier avion à moteur a pris les airs. Après le défi technique et l'aventure humaine représentés par ce projet, l'objectif était de favoriser les échanges internationaux et le commerce, d'abord par le transport du courrier puis, par la suite, de passagers. La vitesse de l'avion ne dépassait pas les 150 km/h. (plus d'information sur l'histoire de l'aviation: http://firstflight.open.ac.uk/index.html)

 

En 1943, le nombre de passagers voyageant en avion est allé bien au-delà des rêves les plus fous des fabricants. Ce phénomène transformera la société et sa façon de vivre. Des avions plus gros, allant de plus en plus vite et parcourant des distances plus grandes, ont eu pour conséquence la décision d'installer les aéroports de plus en plus loin des centres urbains. Très vite, de nouveaux besoins sont apparus dans ces structures.

 

Dans les aéroports, il manquait un endroit où pouvaient aller prier, méditer ou tout simplement se faire écouter, à la fois les passagers qui attendaient le départ de leur vol ou leur vol de correspondance, mais aussi les employés des lignes ou de l'aéroport qui devaient y passer de longues heures de travail.

Edwin Standford Hogg, un employé d'Eastern Airlines, a alors proposé le premier l'installation d'un espace dédié à la méditation et la prière à l'intérieur d'un aéroport, créant du même coup une aumônerie à l'aéroport international Hartsfield d'Atlanta. Les objectifs de cette aumônerie étaient multiples :

  • offrir un espace ouvert en permanence à toutes les confessions pouvant se retrouver dans un grand aéroport international ;

  • proposer un espace dédié à la prière et méditation individuelles ;

  • être une oasis de calme et de tranquillité dans la vie fébrile d'un aéroport ;

  • proposer les services d'un aumônier à ceux éprouvés par des soucis personnels et ayant besoin du conseil et d'orientation.

 

La première chapelle aéroportuaire répertoriée est ouverte en 1951 à l'aéroport international Logan de Boston sous l'impulsion du cardinal Cushing.

 

De nombreuses autres chapelles se sont ouvertes par la suite. En 1961, lors d'une rencontre à Orly, le père Xavier de Meuss de Bruxelles proposa au père Steux l'idée d'un rassemblement annuel avec d'autres aumôniers d'aéroport. Ce projet a été concrétisé par une réunion à Bruxelles en 1965 accueillant une dizaine de prêtres catholiques. Ils se sont engagés à se réunir chaque année. Ce fut le cas depuis tous les ans à l'exception de l'année 1985, la conférence annuelle à Rio de Janeiro ayant dû être annulée à la dernière minute en raison des difficultés internes brésiliennes.

 

Ces réunions annuelles se voulaient informelles et aucun président n'y était désigné, même si, comme signe de reconnaissance, la présidence de séance était toujours confiée au fondateur, le père Xavier de Meuss. La conférence n'avait pas de nom officiel quoiqu'entre eux les participants parlaient de l'Association internationale des aumôniers aéroportuaires. Les membres participants disposaient chacun d'un badge, l'administration française autorisant les aumôniers de cette assemblée à utiliser le même badge qu'utilisaient les aumôniers de l'Armée de l'air française.

 

Lors de la conférence annuelle des aumôniers aéroportuaires en 1969 à New-York, la décision a été prise d'étendre la participation à ces rassemblements à des non-catholiques. A la conférence annuelle de 1973 à Malte, les membres de l'association ont voté de fixer à Francfort le siège d'un secrétariat permanent sous la direction du père Walter Mäader (Société de l'Apostolat Catholique). Si aucune structure formelle d'administration n'a été arrêtée, la création de stauts et la définition d'un nom officiel furent votées l'année suivant, lors du rassemblement de Vancouver.

 

Le premier nom de l'Association et les premiers statuts

 

La CACI (Civil Aviation Chaplains International) était un groupe œcuménique d'aumôniers ordonnés de l'aviation civile, chaque aumônier devant être reconnu par les autorités constituées de son église et par la CACI. Le travail de chaque aumônier comprenait et comprend toujours un ministère liturgique, pastoral et évangélique à destination des personnes se servant de l'aviation civile ou travaillant dans les aéroports, au sol ou dans les airs. La vocation de l'association est d'ouvrir le plus largement possible ses rangs, à condition toutefois que sa cohérence et son unité soient respectées et que ses réalisations soient toujours inspirées de la sagesse, du courage et de l'amour de Dieu.

 

Les objectifs de la CACI :

 

  • proposer à ceux engagés dans un ministère dans l'environnement exceptionnel de l'aviation civile une structure fraternelle qui était indispensable au service de Dieu et promouvoir cette structure ;

  • favoriser un échange permanent sur leurs pratiques respectives et sur leurs réflexions afin de permettre à chacun de mieux remplir sa mission ;

  • promouvoir la compréhension du fonctionnement de l'aviation civile et la façon dont elle touche ceux qui s'en servent ou y travaillent ; étudier comment elle façonne notre monde moderne ;

  • mener des réflexions théologiques et sociologiques communes et de façon générale sur tout aspect lié à leur mission ;

  • affirmer et communiquer l'expérience de l'unicité du monde de Dieu de participants telle que le révélait leur engagement dans le monde de l'aviation civile ;

  • nourrir des liens spirituels et œcuméniques dans ce monde que Dieu a créé et dont la création n'est pas achevée.

 

Afin de réaliser ces objectifs de la CACI :

  • des réunions sont organisées à une fréquence arrêtée par la CACI ;

  • un secrétariat permanent est institué ;

  • des informations sont diffusées.

 

Tous les ans un comité programmes sera élu, celui-ci comprenant le président, le vice président et les membres du secrétariat permanent. Ce même comité accordera des agréments.

 

Le développement d'un ministère commun à l'intérieur de la CACI présuppose des relations étroites avec les églises constituées de ses membres. La CACI s'efforce de créer et d'entretenir activement ces relations afin de favoriser un dialogue indispensable ainsi que la coopération et un esprit de partage des ressources. C'est ainsi que les membres seront en mesure de mieux accomplir leur ministère commune dans l'aviation civile.

 

La conférence de 1974 a été marquée par l'élection officielle comme président du père Xavier de Meuss et par le renouvellement dans ses fonctions de secrétaire de Walter Mäader (Société de l'Apostolat Catholique). Le révérend Peter Holloway, originaire d'Australie, a été élu vice-président. Il deviendra président lors de la conférence de 1980 à Minneapolis. A sa retraite en 1984, il a démissionné du poste de président, au moment où l'association a adopté des statuts plus formels (à la genèse de nos statuts actuels) et au moment du changement de nom de l'association en IACAC (International Association of Civil Aviation Chaplains). La rédaction des nouveaux statuts a été réalisée avec le concours d'un avocat d'affaires expérimenté, et ce dans l'objectif de promouvoir la reconnaissance de l'IACAC comme association de référence par les diverses instances de certification internationale. Ce projet a failli aboutir à plusieurs reprises, échouant chaque fois en raison des conditions particulières imposées par certains pays disposant d'un droit de veto. Même si cet objectif n'a pas été atteint, les effectifs et l'influence de l'association n'ont jamais cessé de croître. Au moment de la rédaction de ce texte, l'existence de 173 aumôneries est répertoriée et, en toute vraisemblance, l'existence d'autres aumôneries échappe certainement à notre vigilance. Il va de soi que l'IACAC sera toujours heureuse d'accueillir l'arrivée de nouveaux adhérents et de nouvelles aumôneries.

 

En dehors des services au public que son regretté collègue, feu Edwin "Happy" Hogg, avait imaginés, les aumôniers travaillant dans l'aviation civile de nos jours sont de plus en plus sollicités pour soutenir, chaque fois dans de nouvelles formes, les "usagers" de l'aviation civile ou ceux travaillant dans le secteur. Dès qu'il y a une catastrophe aérienne, chose fort heureusement assez rare, les aumôniers ont un rôle vital à jouer. Lors des périodes de grande peine et d'affliction généralisée, l'aumônier est également présent. Quand le secteur de l'aviation civile est perturbé par des conflits sociaux, les aumôniers peuvent offrir à tous des conseils pondérés. Même quand il s'agit de conflits domestiques, de conflits de nature presque banale, l'aumônier propose sa grande écoute. Enfin, quels que soient les chocs de la vie qu'il observe à l'aéroport, le statut double de l'aumônier—indépendant mais expert dans le fonctionnement de l'aviation civile—lui donne une qualité d'expertise irremplaçable. Au moment de grands événements heureux, l'aumônier aussi est là pour s'en réjouir avec tous ceux qui l'entourent, ce qui apporte à tous un sentiment de joie et de bonheur. Selon une enquête menée à Heathrow de Londres, il y a quelques années, une majorité des personnes interrogées estimait que le rôle le plus important d'un aumônier d'aéroport était sa disponibilité sur place en cas de besoin.

 

Une part non négligeable du temps de l'aumônier aéroportuaire est consacrée à la prière, pour tous ceux auprès de qui il travaille et plus particulièrement pour d'autres aumôniers, qui pourraient, eux, connaître des moments difficiles dans la réalisation de leur ministère. Ce partage de pratiques et d'expérience se réalise principalement lors des conférences annuelles pendant les séances consacrées aux "histoires d'aumônier". D'autre part, l'association a rassemblé quelques documents de formation à l'intention d'aumôniers arrivant dans le monde de l'aviation civile.

 

Le mandat de chaque personne élu (y compris du président, du premier vice président, du secrétaire, du trésorier et du responsable de l'annuaire) est de deux ans. Chaque année, l'aumônerie recevant la conférence annuelle l'année suivante désigne d'office un vice président dont le mandat est également de deux ans. Ces personnalités font partie du comité directeur de l'association, celui-ci se réunissant quatre fois par an et notamment juste avant et juste après la conférence annuelle. Les deux réunions annuelles restantes du comité ont lieu en février, sur le site (ou près du site) de la conférence suivante et ensuite en mai, dans une ville d'accès facile pour tous les membres.

 

Sur le site de l'IACAC (www.iacac.ws) se trouve une rubrique réunissant des comptes rendus de toutes les conférences annuelles de l'association. S'y trouve également une liste de tous les présidents de l'IACAC.

 

De la même façon que Wilbur et Orville Wright n'auraient sans doute jamais pu imaginer le nombre de passagers voyageant partout dans le monde grâce à leur invention, il y a fort à croire que le père Xavier de Meuss, même dans ses aspirations les plus folles, n'aurait jamais pu envisager qu'il avait fondé une association internationale de cette envergure. Le proverbe a vu bien juste : les petites rivières font les grands fleuves !

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Texte traduit et adapté de l'anglais par Alan Hornstein en mai 2011. Publié avec l'aimable autorisation de la IACAC. Texte original sur www.iacac.ws

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 11:12

Scan.jpgIl a une façon de parler un peu brusque et saccadée et son accent est rugueux. Comme beaucoup d'écossais, il roule les « r » à ravir, et pour ceux qui ont l'anglais comme deuxième langue, c'est un peu curieux. Rien à voir avec l'accent pointu d'Oxford enseigné à l'école. Mais le sourire chaleureux qui éclaire soudain son visage anguleux le rend tout à coup très sympathique et met ses interlocuteurs immédiatement à l'aise. Et il n'hésite pas à plaisanter et à faire preuve d'un humour acéré pour détendre l'atmosphère quand il sent que ce peut être nécessaire.

 

Lewis Rose a été le maître d'oeuvre et l'organisateur en chef du dernier congrès de l'Association internationale des aumôniers d'aéroports civils (IACAC). Cette rencontre annuelle a eu lieu cette année à Aberdeen, en Ecosse, du 18 au 23 septembre 2011.

 

Lewis, quel est le but d'un tel congrès ? L'enseignement, les contacts humains, le tourisme ?

Je dirais que nous avions plusieurs objectifs en préparant ce congrès. Et je crois que nous en avons atteint plusieurs. Il me semble que, grâce aux différents intervenants, les délégués présents à cette rencontre ont pu découvrir comment un aéroport régional peut contribuer à l'économie locale et nationale par un apport à la fois économique et théologique. De plus, les exposés étaient suivis de discussions qui permettaient à chacun de s'exprimer par des questions ou des commentaires sur ce qu'il avait entendu.

Ces échanges m'ont semblé particulièrement importants en ce sens qu'ils ont pu donner l'occasion à tous ces collègues venant de différents pays et continents d'apprendre à connaître la manière dont les choses se passent ailleurs que chez eux.DSCN2517.JPG

Et puis, nous avons aussi essayé de donner aux délégués présents un petit aperçu historique et de leur faire rencontrer un certain nombre de notables du cru.

 

Vous êtes aumônier d'aéroport à Aberdeen. Que pourriez-vous nous dire brièvement à propos de cette plateforme ?

L'aéroport d'Aberdeen, qui fait partie de la BAA (British Airport Authority), se trouve au nord-est de l'Ecosse. Il dessert les industries du gaz et du pétrole offshore de la Mer du Nord, ce qui fait de lui l'héliport le plus fréquenté dans le monde. Il est aussi connecté à des plateformes aéroportuaires de premier plan comme Londres Heathrow, CDG à Paris, Schiphol à Amsterdam, et plus récemment Francfort. En tant que "hub" (plateforme de correspondance), Aberdeen dessert aussi les pays scandinaves. On vient d'ailleurs d'inaugurer le prolongement de ses pistes, ce qui lui permettra de mieux desservir ces destinations, d'explorer de nouvelles directions et d'attirer d'autres compagnies aériennes.

 

A quelle dénomination religieuse appartenez-vous ?

Je suis presbytérien, et j'exerce un ministère de diacre dans l'Eglise d'Ecosse.

 

Y a-t-il des aumôniers venant d'autres confessions dans cet aéroport ?

Non, malheureusement, mais je peux bien entendu faire appel à des responsables religieux d'autres dénominations quand c'est nécessaire.

 

Qu'est-ce qui vous a amené à devenir aumônier en milieu aéroportuaire ?

De 1999 à 2004, j'ai été responsable de l'organisation de la région nord de l'Ecosse. Puis, de 2004 à 2009, je suis devenu coordinateur national de la Mission dans l'industrie des Eglises d'Ecosse. Je devais recruter des aumôniers pour divers organismes évoluant sur différents lieux de travail. En 2006, lorsque l'aumônier de l'aéroport a pris sa retraite, j'ai décidé de m'y mettre moi-même, afin d'apprendre à mieux connaître l'aéroport et ses différentes activités.

 

Exercez-vous ce ministère d'aumônerie à plein temps ou à temps partiel ?

Je ne viens qu'un jour par semaine sur la plateforme. Mais comme je fais partie de l'équipe de gestion de crises en milieu aéroportuaire, je suis d'astreinte en permanence.

Je suis aussi président d'une association caritative appelée « Church Action on Poverty » qui emploie quinze personnes et dont le quartier général est à Manchester en Angleterre.

J'ai pris récemment ma retraite, et, comme je m'étais engagé à recevoir le congrès de la IACAC de cette année, j'ai passé la majeure partie de l'année dernière à la préparation de cet événement important.

 

Dans votre aéroport, y a-t-il une salle de prière commune à toutes les confessions ou une chapelle ?

Pas encore, mais des négociations sont en cours avec la direction, et j'ai bon espoir d'une issue positive.

 

DSCN2504.JPGQu'est-ce qui vous semble avoir le plus de sens dans votre ministère à l'aéroport d'Aberdeen ?

Pour moi, c'est d'être là avec les gens, de dialoguer avec eux, et d'écouter ce qu'ils racontent de leur vécu. C'est aussi leur apporter le soutien dont ils ont besoin dans quelque domaine que ce soit.

Je dis souvent que Jésus et ses disciples ont été les premiers aumôniers puisqu'ils accompagnaient les gens de leur époque dans leur labeur quotidien et leur travail.

L'aumônerie d'aéroport, c'est exactement ça : être là avec et pour les gens quels qu'ils soient et là où ils sont.

 

Propos recueillis par la pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 07:23

 

Picture.jpgElle est discrète et calme, et se fait à peine remarquer. Mais c'est le genre de personne qui inspire immédiatement confiance et qui arrive sans problème à établir un contact vrai et sincère avec ceux qui viennent à elle. C'est qu'elle sait écouter, Unni Franck. Et l'attention à l'autre est sans aucun doute un aspect essentiel du travail d'un aumônier d'aéroport.

Pasteure ordonnée de l'église luthérienne de Suède depuis 34 ans, Unni a commencé à exercer son ministère à l'aéroport d'Arlanda en septembre 2009. Après douze ans en paroisse dans des églises de campagne, elle est ensuite devenue aumônier d'université: "J'ai été très heureuse pendant ces dix années passées en milieu étudiant", me dit-elle. "J'aimais beaucoup ces contacts avec toute cette jeunesse! Et puis, comme j'avais été élue déléguée des aumôneries d'étudiants de Finlande et de Suède, je participais à des rencontres œcuméniques européennes. Et nous nous retrouvions aussi bien avec des luthériens que des anglicans, des réformés et des orthodoxes que des catholiques. C'était fascinant! Par la suite, j'ai été responsable de l'équipe sacerdotale d'une église locale, et donné des cours dans une Ecole pastorale, institution réservée à l'enseignement des pasteurs. Mais j'avais besoin de challenges et de travailler en-dehors de la communauté chrétienne en tant que telle. Voilà pourquoi j'ai donné ma candidature pour être aumônier d'aéroport. L'aéroport est en effet un grand challenge pour moi…"

 

Et comment vivez-vous ce ministère?

En fait, j'ai vraiment ressenti que Dieu m'appelait à me diriger dans cette voie. Je m'y sens à ma place, et j'y trouve de grandes satisfactions personnelles.

 

Combien d'aumôniers êtes-vous, et faites-vous équipe avec des ministres d'autres confessions religieuses?

Quand j'ai débuté dans ce ministère, nous étions deux pasteurs luthériens. Mais depuis, mon collègue a pris la responsabilité d'une paroisse, et je me suis donc retrouvée seule. Les autres confessions religieuses ne sont pas représentées dans l'aumônerie, ce qui est vraiment dommage.

 

Quelle est la configuration du centre spirituel de l'aéroport d'Arlanda? S'agit-il d'une salle commune ouverte à tous ou d'un lieu regroupant différentes salles de prière dédiées à tel ou tel culte?

C'est une chapelle qui a été consacrée par l'évêque luthérien de Suède en 1993, mais qui est malgré tout ouverte à tous. Des catholiques, des musulmans, des juifs, des hindous, ou autres membres de différentes confessions religieuses viennent donc y prier eux aussi.

 

En quoi consiste votre ministère à l'aéroport? Arlanda est le plus grand aéroport de Suède, si je ne me trompe, à mi-chemin entre Stockholm et Uppsala…

Oui, l’aéroport est immense, et de nombreux passagers y transitent chaque jour. Pour ce qui me concerne, j'assure des permanences régulières dans le bureau de l'aumônerie, mais je suis bien évidemment beaucoup sur le terrain, et je vais à la rencontre de tous ceux qui évoluent sur la plateforme, passagers ou membres du personnel. Certains me font des confidences et me demandent de prier pour eux. Je rencontre aussi occasionnellement des personnes sans-abri qui sollicitent une aide. Ce n'est pas toujours évident, mais je fais de mon mieux pour les secourir. Heureusement que je reçois le soutien de certaines églises de la région pour ce faire.

 

L'aumônerie est-elle bien intégrée dans la vie de l'aéroport en général?

Oui, bien sûr. J'ai un bureau dans le département des ressources humaines, et j'y assure un certain nombre de tâches administratives, notamment dans le domaine des statistiques. Je fais aussi partie de l'équipe de gestion des crises et des catastrophes aéroportuaires, ce qui veut dire que je suis partie prenante aussi bien de la préparation et de l'organisation que de la formation nécessaires pour vivre le moins mal possible ce genre de situations dramatiques. De plus, je donne des cours sur la notion d'aide psychologique et sociale à apporter en cas de crise en milieu aéroportuaire. Je coopère aussi avec le Service des agents de permanence aéroportuaire et je participe aux réunions du Comité opérationnel de la plateforme, qui regroupe des représentants de quarante compagnies aériennes, de la police, et parfois des douanes.

 

Quel sera votre mot de la fin?

La chapelle de l'aéroport est une oasis dans le tourbillon de la vie. C'est un lieu de prière tranquille et chaleureux, où l'on parle peu, mais où l'on sait s'accueillir et se sourire dans le silence. J'y rencontre des personnes venant des quatre coins de notre si beau globe terrestre et cela me remplit d'humilité et de gratitude. Cette si petite chapelle est comme un point d'intersection spirituel où les lumières de la prière sont toujours allumées.

 

Propos recueillis par la pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

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Published by Aumônerie protestante des aéroports - dans La vie des aumôneries