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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 13:29

DSCN2823.JPG"Tous nos vœux ! Permettez-nous de vous offrir le calendrier interreligieux de l'aéroport…"

 

Un sourire, quelques mots aimables, deux ou trois mots de présentation. Et voilà le contact établi avec les vendeurs des boutiques aéroportuaires. En début d'année, une bonne partie de notre temps se passe ainsi à des distributions systématiques de calendriers dans les bureaux ou les espaces commerciaux des plateformes parisiennes.

 

La cafétéria du terminal 1 ressemble à une ruche bourdonnante. De nombreux membres du personnel au sol s'y retrouvent quotidiennement pour partager un repas. Pour certains d'entre eux, c'est le seul moment où ils peuvent se retrouver entre eux s'ils ne travaillent pas dans le même secteur. De plus, on y est accueilli avec un sourire par le personnel de service, ce qui n'est pas négligeable. Et finalement, à force d'y venir, on se fait de nouvelles connaissances et on tisse des liens avec les uns ou les autres.

 

J'ai rendez-vous avec Lynda Abrahami, la responsable du Pôle Communication de l'aéroport. Dynamique et résolue, Lynda est une personne à l'abord très sympathique et au regard attentif. Curieuse de mieux connaître le monde autour d'elle, ouverte à tous les êtres humains qui l'entourent, c'est une voyageuse invétérée et passionnée de musique Gospel.

 

Au cours de la conversation, je découvre que c'est d'elle que vient cette idée originale de calendrier DSCN2824.JPGinterreligieux. Euréka! Depuis que je suis à l'aéroport, je n'avais pu obtenir jusqu'ici que des réponses approximatives à mes questions sur ce point…

 

Longtemps, Lynda s'était interrogée sur la raison pour laquelle, dans un pays qui tient autant à la laïcité que la France, tous les calendriers proposés par des services de l'Etat ne contenaient que les fêtes chrétiennes. Un jour l'idée lui vient d'en composer un pour son lieu de travail avec les fêtes des trois grandes religions monothéistes.

 

Elle prend alors contact avec deux des aumôniers de l'époque, une religieuse catholique, Sœur Bernadette, et le pasteur Jean-Pierre Dassonville, représentant à CDG de la Fédération Protestante. Ensemble, ils jettent les bases préliminaires de ce projet. Ils commencent par réfléchir au format le plus pratique pour tous, assez petit pour tenir dans une poche, assez grand pour ménager les yeux fatigués des plus âgés.

Puis ils se préoccupent du contenu. Que faut-il y inclure en plus des dates des diverses célébrations? C'est ainsi que seront précisés la localisation des centres spirituels et les noms des aumôniers des différents cultes. Notre trio passe ensuite à l'étape suivante: s'assurer de la collaboration amicale et régulière des collègues rabbins et imams.

 

Et c'est ainsi qu'en 2006 le premier calendrier interreligieux des aéroports de Paris voit le jour.

 

Au cours des années, des améliorations lui seront apportées. La réflexion de ses concepteurs s'élargit en effet à l'aspect pédagogique du projet. Pourquoi ne pas insérer une courte explication d'une ou deux fêtes de chaque religion pour permettre à chacun d'apprendre à connaître celui ou celle qu'il côtoie parfois au quotidien?

 

Quand j'interroge Lynda sur son but premier en ébauchant son projet initial, elle me répond en termes d'humble contribution à la paix entre les peuples, de tolérance mutuelle entre les différents cultes, et d'acceptation de l'autre dans sa différence.

 

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

 

NB : ce calendrier interreligieux est disponible toute l’année dans chaque centre spirituel aéroportuaire

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Published by Aumônerie protestante des aéroports - dans La vie des aumôneries
2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 12:41

PalmSunday.pngCe jour-là, il faisait beau sur la route de Jérusalem. Les fleurs des champs sentaient bon sur le bord du chemin. L’herbe commençait à repousser et à reverdir, et les feuilles des arbres se faisaient plus touffues. Jésus et ses amis avaient déjà beaucoup marché. Peut-être que les disciples avaient envie de se reposer un peu, qui sait…Mais voilà que Jésus leur demande de faire encore un effort. « Allez au village, là-bas, et ramenez-moi un âne. »

Un âne ? Mais quelle idée ! On le savait bien que Jésus était un original, mais là, tout de même…C’est que ce n’est pas très facile à diriger un âne… C’est têtu, un âne.

                S’il a envie d’avancer, tout va bien. Mais s’il n’en a pas envie, allez donc le forcer à faire un seul pas en avant… Ce n’est pas évident !

 

               Quand j’étais enfant, dans la campagne poitevine ou nous passions les « petites vacances », il y avait un vieux paysan qui s’appelait Clovis. C’était un homme attachant, souriant mais peu loquace, qui continuait à cultiver bon an mal an le seul champ qui lui restait…un petit bout de terrain tout en longueur au plein milieu du village. Et le vieux Clovis taciturne et têtu labourait son champ avec une vieille charrue attelée à un vieil âne. Cet âne antique tout pelé décidait parfois de s’arrêter en plein milieu du champ, laissant inachevé le sillon à peine commencé. Clovis essayait de le persuader, lui parlait, le cajolait, le menaçait, haussait la voix. Peine perdue ! Rien n’y faisait. Le vieil âne ne reprenait son travail que lorsqu’il l’avait décidé. Clovis se résignait à l’inévitable, et il finissait par prendre son mal en patience et par attendre, appuyé sur les mancherons de sa charrue, que son bourricot veuille bien se remettre au travail.

 

               Nous ne savons pas comment cela s’est passé le jour des Rameaux, avec les disciples de Jésus qui devaient ramener à leur maître un âne inconnu. De plus, celui qui avait été choisi était tout jeune. Il n’avait jamais encore porté de fardeau sur son dos.

              Mais voilà que, malgré leurs doutes et leurs questions, les disciples font ce qui leur est demandé, et ramènent l’animal à Jésus qui s’assied dessus.

               Et les voilà repartis pour un tour. Ce n'est pas encore l'heure du repos. A la suite de leur Maître, ils s’engagent sur la route qui monte vers Jérusalem. Et là, surprise, surprise !

               Un monde fou les attend, comme s’ils avaient été prévenus que Jésus allait passer par là. Grands et petits sont fous de joie, et agitent dans tous les sens des branches qu’ils ont coupées aux arbres du chemin. Ils voudraient tant que Jésus tourne la tête vers eux, qu’il les regarde, qu’il remarque leur présence, là, tout près. Et ils le saluent en criant : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » C’est un vrai jour de joie que ce jour de la montée de Jésus à Jérusalem.

               Et pourtant, il y a tout de même quelques râleurs qui se permettent de critiquer les évènements du jour. C'est vrai qu'ils passent presqu’inaperçus dans cette foule délirante. Mais comme toujours, quand ça se passe bien, et qu’il y a de la joie dans l’air, il faut quelques rabat-joie, jaloux et pointilleux. Peut-être qu’ils auraient bien voulu être les rois de la fête, eux ! Et puisqu’ils ne le sont pas, puisqu’ils ne peuvent pas parader sur le devant de la scène, ils critiquent tout ce monde qui se bouscule, s’agite, fait du bruit, et crie, s’égosille jusqu’à ne plus avoir de voix.

En les entendant - parce qu'il entend tout- malgré le tintamarre qui se fait autour de lui, Jésus lâche seulement une petite phrase, une toute petite phrase, seule réaction de sa part qui soit parvenue jusqu’à nous: « S’ils ne crient pas, les pierres crieront… »

 

               Alors, si nous, vous et moi, nous avions été sur le chemin qui monte vers Jérusalem en ce beau jour ensoleillé des rameaux, comment aurions-nous réagi ? Aurions-nous réagi comme les disciples, les foules en délire, les râleurs de service ? Comment nous comportons-nous dans notre vie de tous les jours ? Comment vivons-nous notre vie personnelle, au travail, en famille, et avec Dieu? Sommes-nous têtus comme un âne qui ne veut pas avancer sur la route qui mène vers Dieu, parce que, sur le bord du chemin, il y a tout de même une bonne herbe verte bien tentante ? Et l'on sait bien que c'est toujours mieux là où l'on n'est pas, n'est-ce pas? Sommes-nous de ces râleurs de service qui trouvent toujours quelque chose à redire à ce qui se passe, et critiquent tout et n’importe quoi ? Ou bien sommes-nous fidèles et obéissants comme les disciples ce jour-là, qui ont fait ce que Jésus leur demandait même s’ils n’en comprenaient pas vraiment la raison ?

              Savons-nous nous lâcher et être joyeux sans arrière-pensée comme les foules qui acclamaient Jésus, et chantaient « Hosanna » de tout leur cœur ?

              A chacun de nous de choisir quel comportement nous préférons. Mais peut-être faut-il aussi nous demander ce que Dieu attend de nous en tant que chrétiens ?

 

« Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »

 

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

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Published by Aumônerie protestante des aéroports - dans Spiritualité
14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 14:59

photo.JPGC’était il y a un peu plus d’un an. Nous étions à Phoenix, en Arizona. Alors que la France abordait un automne pluvieux et frais, une soixantaine d’aumôniers d’aéroports de tous pays se retrouvaient pour leur rassemblement annuel dans une région ensoleillée où régnait un minimum de 35° à l’ombre.

Kennedy M'pande était sans doute le plus jeune de tous les participants à cette rencontre. Il n'était pas encore trentenaire, et avait accompagné deux de ses collègues congolais à ce congrès international de la IACAC afin de voir comment se vivait l’aumônerie dans d’autres contrées de notre globe. Tout était nouveau pour lui, et il était là, concentré et souriant, bien décidé à apprendre comment monter une aumônerie de toutes pièces. Je le voyais écouter avec attention toutes les interventions, prêt à tirer parti de l'expérience des autres si elle lui semblait adaptable à son pays. Car, à l'aéroport de Lubumbashi, il n'y avait pas encore d'aumônerie proprement dite.

Kennedy, qu'est-ce qui vous a amené à l'aumônerie ?

C'est un frère méthodiste de ma paroisse qui m'a incité à aller à Phoenix. Ce qu’il m’a dit sur l’aumônerie aéroportuaire m’a beaucoup intéressé. Je suppose que c’est après avoir observé mon assiduité tant dans la vie professionnelle que dans les activités d’église qu’il a décidé de m’en parler. Il y avait longtemps qu'il essayait de mettre sur pied une aumônerie à l'aéroport de Lubumbashi, et il m'a demandé de lui prêter main forte.

De quel style d'aéroport s'agit-il ? Est-ce une grande plateforme ?

Tout est relatif… Mais par rapport à mon pays, c’est le deuxième aéroport international en termes de grandeur et de flux de voyageurs.

Quelle est la situation là-bas dans le domaine de l’aumônerie ? La direction est-elle favorable à ce genre de projets ?

Non, pas du tout, c'est très difficile. Pour la direction, l'aumônerie n'est pas une priorité. Et les démarches entreprises n'ont pas abouti à grand chose pour le moment.

L'aéroport met-il au moins gracieusement un local à votre disposition pour accueillir les membres du personnel et/ou les passagers qui ressentiraient le besoin de se recueillir avant de reprendre leur travail ou de partir en voyage ?

Absolument pas. Il nous faut trouver nous-mêmes le financement nécessaire et payer la location d'une salle si nous voulons en avoir une. La direction de l’aéroport ne voit aucun intérêt à l’instauration d’une aumônerie dans ses locaux.

Les églises de la région vous soutiennent-elles dans ce projet ?

L’implication des églises est encore balbutiante. Peut-être que l’œuvre n’est pas encore bien comprise. Nous évoluons toutefois vers une collaboration franche et soutenue avec les communautés des environs.

Ce genre d'initiatives peut parfois prendre beaucoup de temps. Est-ce que vous arrivez à en trouver pour faire toutes ces démarches ?

Je travaille dans une banque et j'ai une vie professionnelle très prenante... sans compter mes activités d'église. Ce n'est donc pas toujours très facile de trouver le temps nécessaire, mais par souci de voir l’œuvre évoluer, je prends le temps malgré tout, ce qui implique certains sacrifices, bien entendu.

Vous avez toujours dû vous battre dans la vie pour vous en sortir, et ce depuis votre toute petite enfance. Cela vous donne-t-il une certaine combativité qui vous permet de ne pas vous laisser décourager trop facilement devant les obstacles qui se dressent sur votre route ?

Absolument. J’ai appris à ne jamais baisser les bras face aux difficultés de l’existence. J’ai appris à tailler mon chemin dans le roc et à regarder la vie d’un œil optimiste malgré tout. Mais j'ai aussi sous les yeux l'exemple de ma mère, qui a dû travailler dur toute sa vie pour élever seule neuf enfants. Et puis, elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour que nous ayons l'occasion de faire des études. Je lui en suis très reconnaissant. C’est une femme très courageuse.

Pensez-vous que le fait de ne pas avoir eu votre père biologique à la maison et d'être obligé de prendre des responsabilités très jeune peut vous aider à mieux comprendre les hommes et les femmes que vous rencontrez et qui peuvent parfois être accablés par la solitude et toutes sortes de soucis personnels ?

Chaque situation de vie a certainement quelque chose à nous apprendre. Dans mon cas, je crois que oui, je saurai à l’occasion mieux comprendre et peut-être mieux aider ceux qui sont dans la peine.

Comment peut-on vous soutenir dans votre projet ?

Nous avons besoin de vos prières pour que la direction voie plus clairement la nécessité d'une aumônerie. Il faudrait que ses responsables soient conscients qu'un tel projet pourrait être un plus pour notre aéroport, non seulement pour les autochtones, mais aussi pour les passagers étrangers en transit qui recherchent peut-être un lieu calme où ils pourraient faire silence en eux-mêmes et reprendre souffle.

Propos recueillis par la pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 07:04

Christian-Buschan.jpgQui imaginerait que ce barbu souriant et sociable à la chevelure de neige soit aumônier d'aéroport ? Et pourtant il en est bien ainsi. Christian Buschan vient de Zürich, en suisse alémanique. Polyglotte, il passe sans difficulté de l'anglais au français, ce qui facilite grandement notre entretien. Comme nous nous trouvons dans un congrès œcuménique, par curiosité, je l'interroge sur la dénomination à laquelle il appartient. « Je suis catholique-chrétien », me répond-il.

 

Cette appellation peut sembler curieuse aux personnes non averties. Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Et quelles sont quelques-unes de vos caractéristiques ?

Les catholiques-chrétiens appartiennent à une branche minoritaire du catholicisme dont la théologie varie quelque peu du catholicisme romain qui vous est plus familier en France. Pour nous, entre-autres, le pape est un évêque comme un autre, les prêtres peuvent fonder une famille, et les femmes peuvent exercer la prêtrise au même titre que les hommes.

 

Vous êtes aumônier d'aéroport. Vous avez bien dû suivre une formation pour en arriver là?

J'ai exercé plusieurs autres activités professionnelles avant de me retrouver au quotidien sur une plateforme aéroportuaire. J'ai commencé par des études de biologie, puis ai enchaîné sur la psychologie et la psychothérapie. J’ai exercé en tant que psychologue de la police au sein de la Police Fédérale Suisse. Et enfin, sur le tard, je me suis mis à la théologie... et me voilà maintenant à l'aéroport de Zürich...

 

Vous êtes depuis peu sur cette plateforme. Etes-vous le seul à évoluer dans ce domaine de l'aumônerie?

Non, nous sommes une équipe de quatre aumôniers représentant trois confessions religieuses différentes.

 

Votre passé personnel et professionnel vous aide-t-il dans votre ministère actuel ? Est-ce un plus pour vous ? Et pensez-vous que la multiplicité de vos activités antérieures soit un avantage dans vos contacts avec les gens que vous rencontrez ?

Bien sûr ! Cela m'aide beaucoup. Cela me permet sans doute de mieux comprendre, et peut-être plus vite que d'autres, les personnes qui évoluent à l'aéroport quelles qu'elles soient, le personnel d'accueil, les ambulanciers, les policiers, les douaniers, les passagers, les restaurateurs...

 

Les restaurateurs ?

Oui. (devant mon air étonné, il se met à sourire) Il faut dire que, lorsque j'étais jeune, pour payer mes études j'ai exercé toutes sortes de petits boulots, et notamment dans la restauration. C'est très fatigant, la restauration. C'est très contraignant ! Il faut être sur le pont tout le temps, faire de longues heures en restant souriant même si on est fatigué. De plus, il n'y a pas toujours assez de reconnaissance des efforts fournis de la part des clients qui sont souvent très exigeants. Toutefois, cela permet de renforcer sa propre résistance psychologique vis-à-vis des difficultés que l'on peut rencontrer au quotidien.

 

Et les policiers? Pensez-vous pouvoir comprendre ce qu'ils vivent ? La police est très présente sur une plateforme...

Certainement. J'ai été psychologue de la police pendant des années, ce qui est un atout vis-à-vis de cette catégorie de personnel. Il m'est ainsi possible de concevoir ce qu'ils ressentent. Et, par expérience, je sais pertinemment que derrière la façade impassible des policiers, il y a une grande sensibilité qui n'a pas toujours l'occasion de s'exprimer... et parfois beaucoup de souffrance face à ce qu'ils ont à vivre au quotidien. Pour moi, il est essentiel qu'ils puissent avoir quelqu'un de confiance devant qui ils n'aient pas peur de se montrer fragiles, et même éventuellement pleurer pour évacuer le poids de souffrances accumulées.

 

Avant de sortir d'un aéroport international, on passe devant des douaniers. Leur travail vous est-il lui aussi familier ?

Ce domaine ne m'est pas non plus inconnu. Il faut dire que j'ai été assistant scientifique à l'Office fédéral de la santé publique suisse, et ai donc eu à m'occuper de toutes sortes d'addictions, légales ou illégales, en plus du trafic et de la vente de drogues illégales.

 

Et les pilotes ? Est-ce que vous avez une approche particulière à leur égard ?

J'ai aussi fait des études de pilotage, et ai volé sur trois types d'avions différents. Je connais donc aussi plutôt bien leur milieu.

 

Je crois avoir compris que vous êtes fils de réfugiés prussiens. Vous avez dû passer par des moments difficiles dans votre enfance. Cette expérience constitue-t-elle un plus dans votre ministère ?

Oui, bien entendu. Nous avons, à l'aéroport de Zürich, un centre pour les demandeurs d'asile. Grâce à mon badge, je peux y accéder sans problème, et j'y vais à chaque fois que je suis sur la plateforme. Je peux ainsi me rendre disponible aussi bien pour les personnes en attente d'une décision sur leur sort que pour leurs encadrants de tous bords. Comme je suis moi-même enfant de réfugiés de guerre, je suis assez au fait des problèmes rencontrés par certains requérants d’asile.

 

Qu'en est-il des passagers ? En rencontrez-vous beaucoup au quotidien?

En tout et pour tout, il y a plus de cent hommes ou femmes qui passent par la chapelle de l'aéroport chaque jour, ce qui n'est pas négligeable. De plus, on peut voir une vingtaine de personnes s'arrêter au bureau de l'aumônerie pour poser des questions. A cela s'ajoutent tous ceux que nous rencontrons lors de nos rondes dans l'aéroport... ce qui nous fait beaucoup de contacts au bout du compte...


Si je comprends bien, vous faites des permanences à l'aumônerie. Avez-vous des moments de prière et/ou des services religieux ?

Bien sûr! Le mercredi, à midi, nous avons une prière œcuménique, et une fois par mois un service religieux. De plus, nous offrons des moments de prière à des groupes spécifiques. Ce peuvent être des requérants d’asile, des groupes scolaires, des ouvriers, des ouvrières...

 

Parmi les personnes qui participent à ces moments spirituels, y a-t-il une majorité de passagers ou s'agit-il essentiellement de membres du personnel aéroportuaire ?

Il s'agit, pour environ 60% d'entre eux, d'employé(es) de l’aéroport, de vendeurs des boutiques, etc.

 

Disposez-vous d'un lieu de prière interreligieux ou de plusieurs salles de prière ?

Nous disposons effectivement de deux lieux de prière: il y a une chapelle près de la zone d'enregistrement n°1 et une deuxième dans la zone de transfert.

 

Comment vivez-vous ce ministère d'aumônerie ? Et qu'aimeriez-vous que les lecteurs de ces lignes en retiennent ?

Une aumônerie de ce style permet d’être en contact extrême avec tout ce que la vie quotidienne nous offre, avec tous les enjeux spirituel, social, et matériel que comporte la réalité de notre vie au centre de l’Europe. Je pense qu'ici, nous sommes vraiment « au cœur du peuple ». Pour moi, c'est là qu'est la vraie prédication de l'Evangile.

 

Propos recueillis par la pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 08:49

DSCN2772.JPGC'est la fin d'une longue journée de célébration de la nativité.

En ce dimanche 25 décembre, délaissant le culte de leur église habituelle, un trio de musiciens de l'Armée du Salut a passé tout sa matinée à parcourir le terminal 2 en jouant allègrement des cantiques de Noël. L'après-midi, de courtes célébrations religieuses se sont tenues dans chaque centre spirituel de l'aéroport.

Au terminal 2F, le culte de Noël vient de se terminer. Dans la minuscule chapelle décorée d'étoiles scintillantes règne un joyeux vacarme. Agents d'entretien, vendeur en boutique sous douane, SDF, visiteurs extérieurs à l'aéroport s'embrassent, les yeux brillants de larmes, tout en se souhaitant un joyeux Noël. On s'échange des chocolats, des marque-pages confectionnés à la main par les enfants d'une église de banlieue parisienne, des sachets de lavande faits maison…

Les participants à ce culte viennent de toutes sortes de milieux et ont des origines religieuses on ne peut plus diverses. Mais à cet instant, ils ont le sentiment de former une même communauté, de faire vraiment partie de la famille de Dieu.

Z. s'attarde un peu pour bavarder: il a pris un peu plus d'une demi-heure de pause en prévision de ce moment de fête. C., elle, est repartie très vite. C'est la plus fidèle de nos cultes. Mais sa pause est terminée, et elle ne veut pas risquer d'être sanctionnée pour quelques minutes de trop qui gâcheraient sa joie d'être venue. Elle est la seule qui ne soit pas rattachée à une église locale. Ses horaires de travail ne le lui permettent pas. Alors, j'ai décalé les horaires de notre culte bimensuel afin de les faire cadrer avec son emploi du temps.

Une jeune femme longue et mince au visage marqué et creusé par la souffrance restée debout pendant presque tout le temps du culte vient m'embrasser avec effusion. C'est une des "sans domicile fixe" de l'aéroport. Touchée par l'ambiance bon enfant de cette célébration, elle veut prolonger à sa manière ce moment qui lui a fait du bien. Elle laisse discrètement derrière elle dans le fond de la chapelle une toute petite obole et un sachet de chocolats. J'ai le cœur serré en voyant le geste de cette femme qui a touché le fond de la misère et vit d'expédients. Ma première réaction est de courir lui rendre son offrande, proportionnellement démesurée pour elle… Mais elle a l'air tellement heureuse d'avoir pu donner un petit quelque chose, elle qui n'a rien et qui d'ordinaire quémande et reçoit !DSCF3574.JPG

Voyant une pauvre veuve qui avait mis dans le tronc du temple deux petites pièces, Jésus dit à ses disciples: "Tous ont mis en prenant sur leur superflu; mais elle, elle a pris sur sa misère pour mettre tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre." (Marc 12: 41-44)

 

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 13:49

Une des caractéristiques du terminal 2A, c'est qu'il accueille une extrême variété de compagnies aériennes et DSCN2751.JPGde services on ne peut plus disparates. Se succèdent American Airlines, Emirates, El Al, le Salon d'Honneur, et, au sous-sol, le local d'accueil des SDF de l'Association Emmaüs.

 

Mardi 20 décembre, alors que les chrétiens sont en pleine période de l'avent et préparent activement Noël, pour les israélites, c'est le premier jour de la célébration de la Hanukkah: la fête de la lumière. Et comme cela se fait en différents lieux, un allumage public est prévu à l'aéroport tout à côté des guichets d'enregistrement de la compagnie aérienne israélienne El Al. Le rabbin Haim Korsia, un de mes collègues aumôniers, m'a prévenu de cet événement important de la foi israélite. Alors, comme l'année dernière, j'ai prévu d'y participer en tant que spectatrice.

DSCN2753.JPGEn attendant l'arrivée du rabbin, qui doit constituer le point fort de la célébration, des jeunes-gens vêtus de noir de la tête aux pieds offrent des beignets aux voyageurs qui passent, et leur proposent de prier avec eux avant d'allumer une des bougies du présentoir :  « Même si vous l'avez déjà fait à la maison, vous pouvez participer à cet allumage public » leur disent-ils avec une insistance amicale, leur tendant le texte liturgique adéquat, au cas où ils ne le connaîtraient pas déjà par cœur. Il est clair que c'est jour de joie pour eux. Tout à coup, comme sur une impulsion subite, quelques-uns de ces jeunes-gens se lèvent, et, formant une ronde, se mettent à danser en chantant une mélopée entraînante tandis que l'assistance scande le rythme en frappant des mains. Des enfants s'arrêtent, bouche-bée et les yeux tout grand écarquillés, les regardent évoluer.

Enfin le rabbin arrive. C'est un petit homme jeune et souriant, vif et sociable, qui sait s'attirer la sympathie de tous. Visiblement charismatique, il prend son temps, passe de groupe en groupe, se prêtant de bonne grâce à toute demande de photo, serre les mains qui se tendent vers lui, trouvant un mot gentil à adresser à chacun, et donnant l'impression à tous ses interlocuteurs sans exception aucune qu'il cherche à les mettre en valeur devant les autres.

Appelée par une passagère en détresse à l'autre bout de l'aéroport, je ne pourrai rester jusqu'à la fin de la cérémonie, mais en garderai le souvenir d'un moment fort pour tous les participants, israélites ou « goyim » (non-israélites) y compris.

 

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l'aéroport de Roissy-Charles de GaulleDSCN2755.JPG

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 11:50

DSCN2729.JPGNous sommes le samedi 17 décembre. Les agents de sûreté de l'aéroport entament un nouveau jour de grève. Ils sont à bout, usés par un travail ingrat et mal rémunéré, fatigués de se voir vilipender quand ils ne font qu'obtempérer aux consignes qui leur sont données.

Le terminal 2E est en pleine ébullition, et dans le brouhaha ambiant, je croise la directrice du terminal qui vient sur le terrain se rendre compte de l'état des lieux. Elle est sur le pont depuis le début de la grève, et, avec ses équipes, tente de parer au mieux à la situation afin qu'aucun vol ne soit supprimé. Avec un sourire embarrassé, elle m'avertit que la chorale de Gospel que j'ai fait venir dans le cadre des activités de l'aumônerie protestante de l'aéroport risque de se voir empêchée d'intervenir, ou en tous cas interrompue, par une manifestation prévue au même endroit.

Quelques policiers munis de leurs boucliers transparents défilent, et vont s'installer sans bruit un peu plus loin. De nombreux passagers se pressent dans les files d'attente, d'autres déambulent au hasard en attendant l'heure de leur départ, leur vol ayant été considérablement retardé par la grève. Ils passent et repassent devant moi, s'interrogeant visiblement sur les préparatifs en cours: comment se fait-il que soit installée une sono en plein milieu du terminal, et qu'un groupe commence à prendre place devant des micros?

Comme par hasard, la borne d'alimentation électrique est en panne. L'électricien de service s'arrache les cheveux. Il l'avait vérifiée deux heures auparavant, et tout était en ordre. C'est alors la course pour trouver une autre source électrique en état de marche. Finalement, une longue rallonge fera l'affaire, et permettra un branchement de fortune cinquante mètres plus loin. Et au milieu de toute cette agitation, des curieux s'arrêtent, attendant de voir ce qui va se passer.

Le chef de choeur lève alors les mains et commence à battre la mesure. Lorsque les premières notes chantées par les choristes s'égrènent, un grand silence se fait soudain. Le brouhaha de l'aéroport s'est tu. Et au fur et à mesure que les chants se succèdent, tantôt rythmés, tantôt doux et lents, une foule attentive se masse aux alentours. Les policiers ont disparu, appelés sans doute par la manifestation qui se tiendra en un autre lieu. DSCN2738.JPG

Les larmes aux yeux, une passagère vient me remercier. D'autres sont visiblement très émus. Un agent d'accueil de l'aéroport me fait part de son émotion: "L'aéroport est en fête aujourd'hui!" me dit-il. "Merci de nous apporter ces quelques airs de Noël qui nous réchauffent le cœur et nous redonnent du courage…"

 

Pasteure Anniel Hatton, aumônier protestant à l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle

 

(pour information: DVD de Georges Seba et le Chœur Gospel de Paris, "Live in Caribbean", World Gospel Music, produit par Sytek Skyprod et Dissonance)

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Published by Aumônerie protestante des aéroports - dans La vie des aumôneries
18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 10:16

http://thomas.petit.gr.free.fr/Images/tableaux/sainte-victoire2_web.jpg« Moi Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous annoncer tout cela dans les Eglises.
Je suis le descendant de la famille de David,
je suis l’étoile brillante du matin »

 

Apocalypse 22. 16


Au pied de la Sainte-Victoire, il est un petit village provençal. Monsieur le curé n’a que quelques pas à faire pour aller du presbytère à l’église et de l’église au presbytère. Mais que diable va-t-il faire entre le presbytère et on ne sait où, peut-être au diable vauvert ! chaque année, quand la messe de minuit est terminée ? Depuis douze ans, la question revient. Et depuis douze Noëls, elle fait glousser les bonnes gens. Personne, évidemment, n’a osé lui poser la question. Mais les clins d’œil et les commérages vont bon train. Un bon train d’enfer ! Monsieur le Curé, après la messe de minuit, qui sait ? il va rejoindre sa belle. Ou son beau. Ou un club innommable. C’est chaque fois le même scénario : monsieur le curé dont la bonne humeur n’échappe à personne, mène avec entrain sa messe. Puis il gagne son presbytère précipitamment. Et quelques minutes après, sa R4 asthmatique traverse le village. Et ça dure depuis douze ans. Faudrait peut-être avertir l’évêque. Une lettre anonyme, et le tour serait joué. Pour le plus grand bien des braves âmes, de la bonne morale, de la sainte Eglise et du curé lui-même. Parce qu’on pense à son salut ; en tout bien tout honneur. Mais comme personne ne s’y risque, Antoine s’est porté volontaire. Pas pour tenir un stylo, non. Il en est bien incapable. Antoine prendra en filature la R4 toussotante de monsieur le curé. Puis il reviendra faire son rapport. Prendre monsieur le curé en flagrant délit de mauvaise vie…

Marché conclu. En cette année mémorable, monsieur le curé a conduit la messe du pastrage avec célérité. Les bergers sont entrés dans l’église portant agnelet sur leurs épaules, précédés par un âne, au son des fifres et des tambourinaires. Après la sainte messe, le curé a serré quelques mains, esquissé quelques sourires. Et dix minutes après, la R4 fiévreuse a descendu la rue principale, suivie à roues feutrées par la Fiat 500 de l’Antoine.

Les braves paroissiens en oublient la ferveur de la sainte nativité, les treize desserts et la bûche qui attend d’être allumée, et les enfants qu’on envoie au lit ! Ils oublient même de parler. C’est dire ! Eh bien l’Antoine est revenu deux heures après. Dès que sa Fiat 500 s’immobilise devant l’église, une trentaine de gens accourent. Alors ? Alors monsieur le curé a engagé sa voiture dans le sentier qui grimpe tout droit vers la crête de la Sainte-Victoire. Boudiou, c’est pas possible ! C’est à la bergerie qu’il se rend. Répète-nous ça ! s’affolent trente gosiers. Chez le gitan ! s’étrangle l’Antoine. Silence consterné : celui-là, on l’a pas vu au pastrage ! Le berger est un gitan égaré à la réputation sulfureuse. Tenez, voilà ce qu’on m’a raconté de source sûre… Et les langues vont mauvais train, en cette nuit de Noël, autour de la Fiat 500 de l’Antoine, dans ce petit village provençal. Mais faut pas perdre du temps. Ils s’entassent dans une dizaine de voitures et filent vers la colline. Ils se garent près de la R4 de monsieur le curé. Et hommes et femmes, lampe de poche à la main, manteau sur les épaules, s’engagent sur les cailloux. Dans le plus grand silence, on grimpe. Une heure plus tard, on s’arrête, à bonne distance de la bergerie. Les plus courageux s’approchent, lampes éteintes. Ne pas réveiller les chiens ! Sûrs de surprendre le curé et le gitan, seuls ou en galante compagnie !

Mais rien. Personne. Pas de curé, pas de gitan, pas de chien, même pas de mouton. Déçus, les enquêteurs se concertent. Faut monter vers la crête ! A côté du prieuré, je connais une cabane ouverte aux randonneurs. Ils ne peuvent être que là. Allez vaï ! Encore une heure de grimpe. Et avant même d’arriver au prieuré, ils voient les premiers moutons. Et puis sur la crête, deux silhouettes humaines, immobiles. Ils s’approchent. Un chien aboie. Les deux silhouettes se lèvent. Marchent vers eux. Le curé et le berger. Sans un mot, le doigt posé sur les lèvres en signe de silence, ils invitent les arrivants à s’asseoir, près d’eux, sur la crête.

Méfiants, les paroissiens prennent place entre les touffes de thym. D’abord, l’odeur du thym monte à leurs narines, mêlée d’odeurs inconnues. Comme un encens de garrigue. Le silence les surprend. Ces deux silhouettes immobiles, complices d’on ne sait quel forfait les intimident. Indécis, ils détachent leur regard du sol. Un fabuleux spectacle surgit du ciel. Soudainement. En un clin d’œil. Comme si un rideau se levait devant leurs paupières. Des milliers d’étoiles les dominent. Pointes de lumière plantées dans la voûte céleste. D’abord gênés, puis fascinés, ils sont là les villageois, une trentaine de paires d’yeux, sous le charme divin d’un événement de majesté. 

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Et vous me croirez si vous voulez, mais les étoiles scintillent. Comme si l’émotion les inondait d’un bon heur débordant. Elles s’apprêtent à donner de la voix. S’accordent et entonnent à l’unisson l’ineffable et ardente reconnaissance de toute la création. Elles se répondent alors, mille chorales à mille voix. Développent leurs harmoniques, tendent leurs accords vers les créatures. Ce sont les voix des astres et les voies lactées dispersées aux marges des galaxies. Ce sont les chants des enfants d’Abraham, aussi nombreux que les étoiles du firmament qui se joignent au chœur des anges. Et tous, étoiles, planètes, enfants d’Adam et Eve et anges de lumière, reprennent leur louange éperdue de tendresse. Et cette poignée de gens perchés sur la Sainte-Victoire se sent emportée par l’élan irrésistible et joyeux de la danse cosmique. Ils se mettent à danser, au son des fifres et des tambourinaires, la farandole des choses et des êtres, des animaux et des humains, des forces du bien et du mal, des vivants et des morts, devant le trône de Dieu. Ils racontent l’histoire des temps lointains où main dans la main ils dansaient à travers l’espace et le temps, heureux de vivre devant le Créateur. Ils racontent l’histoire où la chaîne des anges et des humains s’est rompue. Ils racontent l’histoire pas si lointaine où des savants venus d’Asie, d’Arabie et d’Afrique se sont laissés guider par l’étoile jusqu’à Bethléem. Ils racontent l’histoire du temps qui vient où l’étoile du matin, brillante entre les plus brillantes, reprendra la tête du ballet des gens et des choses réconciliés. Le ciel reprend son visage impénétrable et s’immobilise. Seules les bouffées d’encens du thym et du romarin montent de la terre. Les villageois regardent les silhouettes complices du curé et du berger. Les silhouettes se lèvent et les villageois font de même. Le berger dresse ses deux bras vers le firmament en signe de bienvenue. Car elle vient…

Elle vient comme une bonne nouvelle, brillante entre les plus brillantes, l’étoile du matin, l’étoile du berger. Elle étincelle de joie. Elle scintille, paisible et émue ; elle sourit aux êtres et aux choses et à ce petit peuple debout sur la crête de la Sainte-Victoire. Elle leur parle avec douceur, avec chaleur : « Moi Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous annoncer tout cela dans les Eglises. Je suis le descendant de la famille de David, je suis l’étoile brillante du matin. » Et le berger s’écrie : « L’Esprit et l’Epouse disent : Viens ! ». Et le curé reprend : « Que celui qui entend cela dise aussi : Viens ! ». Et il ajoute : « Que celui qui a soif vienne, que celui qui veut de l’eau de la vie la reçoive gratuitement. »

Et tous s’assoient. Ils gardent longtemps le silence. Les yeux fixés sur l’étoile du berger qui entraîne dans sa ronde le cortège céleste. Lentement le cortège s’efface. Il laisse place aux premières lueurs de l’aube. Et tel un prisonnier libéré, le soleil jaillit de sa nuit, apporte chaleur et lumière à la terre et aux hommes. Mais longtemps encore l’étoile s’attarde dans les replis lointains des arrières cieux. Comme une promesse, comme une présence : « Tant que les étoiles et le soleil vous entoureront, mon amour vous guidera ».

Ils s’en sont allés, chacun de leur côté. Les moutons et les chiens sur les pas du berger gitan. Les paroissiens sur les pas du curé. Sans mot dire. Sans maux dire. La honte effacée. Le mal vaincu. La joie naissante, intacte comme un enfant nouveau-né dans le fond d’une étable. Ils emportent, plantée dans leur cœur, une étoile qui les guide désormais. Ils s’en sont retournés dans leur petite église, pour la messe de ce jour de Noël, dans ce petit village provençal au pied de la Sainte-Victoire. Et puisque la veille, les enfants ont été privés de la bénédiction que l’aïeul de chaque famille prononce en allumant la bûche dans l’âtre, c’est Monsieur le curé qui l’a dite :
« Alegre, Alegre, Diou nous alegre, cachofué ven, tout ben ven, Diou nous fague la graci di veïre l’an que ven. Se sian pas mai que siguen pas men ».


Ici je vous dois quelques explications.
Dans un de ses livres, Grégoire de Nysse exprime avec force l’hommage que le cosmos élève au Créateur. Il évoque la danse des choses et des êtres conduite par le Fils de Dieu, danse qui a été rompue par le péché. Elle reprendra, dit Grégoire, sous la conduite du Christ. Car sa venue sur terre a des conséquences cosmiques. Vous ne croyez pas Grégoire ? Montez donc sur la crête de la Sainte-Victoire, un soir de Noël et levez les yeux !

« L’étoile du matin », expression par laquelle Jésus se désigne dans l’Apocalypse, est un astre chargé de significations religieuses dans les cultures païennes environnantes. Il s’agit de « l’étoile du berger », 140 fois plus brillante que la plus brillante étoile. C’est la Vénus des Romains, l’Aphrodite des Grecs, l’Ishtar des Babyloniens, déesse de l’amour et de la beauté bien que ce soit un enfer : 450°, une atmosphère de gaz carbonique et de nuages d’acide sulfurique ! Mais sans doute ignorait-on tout cela dans l’Antiquité… Pour les Indiens des plaines d’Amérique, elle est dotée de pouvoirs guerriers en s’associant au Soleil, son frère, pour triompher de la puissance adverse de la Lune. Les habitants du Groenland croyaient qu’elle surveillait de près le comportement des hommes. L’astre brillant du matin d’Esaïe 14.12 s’appelle Lucifer, « porte lumière ». Il incarne le roi de Babylone qui prétend s’élever jusqu’au ciel.

La « brillante étoile du matin que fait lever l’amour divin, pure et sainte lumière » du cantique conduit les rois mages. Elle est l’emblème de l’hommage que la nature, le cosmos et l’ensemble de l’humanité païenne rendent au créateur qui vient à nous, qui vient pour nous, Emmanuel. Ah, j’oubliais ! Voici la traduction de la bénédiction : « Soyons joyeux, Dieu nous garde joyeux. Noël vient, tout bien vient, Dieu nous fasse la grâce de voir l’an qui vient. Si nous ne sommes pas plus, que ne soyons pas moins. ».

 

* Richard Gossin est conteur et Maître de Conférence à la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg.

Petite bibliographie

- Ecoute, c'est Noël, Les Bergers et les Mages, 1995
- Pour conter la Bible, Edisud, 2002.

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 21:23

Vous passez par Roissy le 17 décembre prochain? N'hésitez pas à vous arrêter quelques instants pour apprécier les chorales de Noël:

A 10h: chorale au T1

A 14h30: chorale Gospel au T2E

A 16h: chorale Gospel au T2D

 

Cultes de Noël    

Le 25 décembre au matin à partir de 10h: Musique instrumentale de Noël par un groupe de musiciens de l'Armée du Salut se déplaçant sur tout le terminal 2.    

L'après-midi, cultes de Noël à 15h30 au T2B, et à 17h aux T1 et T2F.

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 09:10

 

L’ange Gabriel se pose sur la maison de Joseph. Comme une touffe de duvet. Et il écoute. Dans son atelier de charpentier, Joseph s’acharne à grands coups de marteau contre une planche de bois. L’odeur du bois martyrisé monte aux narines de l’ange. Mais Gabriel sait que c’est Joseph qui a mal. « Marie, pourquoi m’as-tu fait cela ? ». C’est le cri de l’amoureux trompé. Gabriel se laisse glisser dans la boutique et s’assoit sur un tabouret. « Joseph, si ta femme est enceinte… » Mais à quoi bon ? Joseph n’écoute pas. Cœur déchiré n’a pas d’oreille.

Gabriel laisse le temps s’écouler et la pénombre envahir l’atelier. Le charpentier capitule enfin. Il fracasse son poing crispé dans sa paume ouverte : « Marie. Pourquoi m’as-tu fait cela ? ». Il sort, Joseph. Fait le tour du village. Et marche aujourd’hui, et marche demain, c’est en marchant qu’on fait son chemin. L’ange l’accompagne. Et lui parle. Mais à quoi bon ? Joseph n’écoute pas. Rentre chez lui. S’allonge sur sa paillasse. Et sombre dans un sommeil sans étoile. C’est le moment qu’affectionnent les anges. Ils dessinent des rêves sur la paroi de votre cerveau, animent des images derrière vos yeux clos, font chanter des mots dans vos oreilles. Ils vous regardent enfin sortir de votre oreiller. Et vous écoutent maugréer « Mensonge. Songe ment ».

Gabriel le sait bien. Il a essayé de parler au roi Hérode. Une nuit d’étoile, il lui a dit : « Ne crains rien de l’enfant qui va naître. Ce sera un roi. Mais un roi de paix. Hérode, accueille-le. Il te sauvera et sauvera ton peuple ». Mais non, « Mensonge. Songe ment » ; Hérode n’a pas écouté. Ventre affamé de pouvoir n’a pas d’oreille.

Joseph ne dit rien, lui. Il se lève. Se lave. S’habille de neuf. Mange un bout de fromage. Prend son baluchon et son âne. Et part. L’ange le suit. Chemin faisant, il allége les pas et le cœur du charpentier et ne cesse de lui répéter : « Ne crains pas, Joseph. Ne crains pas… ». Arrivés à la maison de Marie, ils frappent tous deux à la porte. Marie se réfugie dans les bras de Joseph. Ils se racontent des histoires. Des histoires d’ange. Marie assure qu’un ange est apparu. En vrai ! Et c’est vrai, se souvient Gabriel. « Tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. » Pas facile à convaincre, Marie ! « Comment cela se ferait-il ? ». Et le vieux Zacharie ? Le père de Jean-Baptiste, lui, il a résisté bien plus longtemps. Un fils ? A mon âge ? Gabriel les comprend. Pas simple d’annoncer aux humains des nouvelles pas possibles. Annoncer une naissance d’abord à un vieillard et ensuite à une toute jeune fille… il faut être un artiste de la confiance. Joseph, lui, c’est pas pareil. Il n’attendait qu’à sortir de sa nuit sans étoile. Joseph. Marie. Ils s’aiment, ces deux-là. Et il pense, l’ange Gabriel, à ses compagnons qui, là-haut, dansent devant le trône céleste.

Il est long, le voyage de Nazareth à Bethléem. Et marche aujourd’hui, et marche demain, c’est en marchant qu’on fait son chemin. Gabriel s’entretient tour à tour avec l’âne que Joseph tire d’un pas sûr et avec la petite vie qui chantonne sous la robe de Marie. La suite, vous la connaissez ; d’autres vous l’ont racontée. Jésus, l’enfant de Marie, a poussé son premier cri. Quand l’enfant quitte la nuit maternelle, il crie à tue-tête pour révéler les secrets appris dans le ventre de sa mère. Alors l’ange applique son index sur les lèvres du nourrisson : « Chut ! Oublie tout cela. A toi de redécouvrir à présent les mystères de la vie !» Vérifiez dans un miroir : le doigt de l’ange laisse un léger sillon entre la bouche et le nez. C’est ce qu’a fait Gabriel à Jésus. Mais très très légèrement… en trichant un peu. Quant aux bergers, eux, il a fallu sortir le grand jeu. Les anges des cieux ont sorti leurs instruments et leurs plus belles voix. Ils les ont réveillés : « Jésus est né ! ». Et les bergers ont quitté les collines pour le village de Bethléem. Et marche aujourd’hui, et marche demain, c’est en marchant qu’on fait son chemin.

Quant aux mages… il a fallu patienter ! Le langage des anges et des étoiles leur est familier. Mais saisir les rares moments où ils interrompent leurs consultations nocturnes pour s’endormir n’est pas à la portée de n’importe quel ange. C’est pour cette raison que Dieu a envoyé le meilleur de ses sept anges qui se tiennent devant sa face. Les mages ont confronté leurs rêves et ont conclu : « Ne retournons pas vers le roi Hérode. Rentrons directement chez nous ». Et c’est ce qu’il ont fait. Et marche aujourd’hui, et marche demain, c’est en marchant qu’on fait son chemin.

Quant à Joseph, tout à son bonheur de père adoptif, il ne rêve que d’une petite maison pour blottir, à Bethléem, sa petite famille. Pas une étable, non. Une vraie chaumière. Il faut se glisser une fois de plus dans son sommeil pour l’en dissuader. Gabriel lui noircit ses chimères, lui peint la folie cruelle d’Hérode en couleurs du sang, fait résonner les cris de la soldatesque. Joseph émerge brusquement de son cauchemar comme on échappe à la noyade. Et tous les cinq partent vers l’Egypte : Marie, Joseph, l’enfant, l’âne et l’ange. Et marche aujourd’hui, et marche demain, c’est en marchant qu’on fait son chemin.

Jusqu’au jour où Hérode meurt. La nuit venue, l’ange se faufile dans les rêves calcinés de Joseph. Il repeint en blanc l’échoppe du charpentier. Cela suffit pour que la petite famille rentre au pays. Mais les hommes sont plus têtus que les ânes. Joseph veut s’installer à Bethléem. L’ange visite une dernière fois sa nuit. Il lui montre Nazareth, son atelier abandonné, ses planches qui craquellent sous la poussière, ses outils qui rouillent. Joseph écoute le visiteur de ses nuits. Et ils remettent encore une fois leurs sandales et leurs sabots sur la route. Et marche aujourd’hui, et marche demain, c’est en marchant qu’on fait son chemin. Gabriel les accompagne à Nazareth. Les embrasse. Se perche sur leur maison. Ecoute le père apprivoiser le bois, la mère chantonner au puits et l’enfant babiller avec l’âne. Laissons-les vivre leur bonheur, se dit-il enfin. On verra plus tard.

Gabriel se posa devant le trône céleste. Comme une touffe de duvet.

 

 

* Richard Gossin est conteur et Maître de Conférence à la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg.

Petite bibliographie

 

- Ecoute, c'est Noël, Les Bergers et les Mages, 1995

- Pour conter la Bible, Edisud, 2002.

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